A petaouchnoc

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Les jumeaux


Les Jumeaux.

 

      Cinq heures, je me lève, bois un café, et cours comme un locdu sur fessesdebouc. Des messages s’impatientent. Dont l’un :

 

     "Salut grand Pat. Comment vas-tu ? Où es-tu avec ton voilier ? Ton vieux pote. La bise. CamilleBritton."

 

     Qui c’est ce gus qui semble me connaître et me lèche ? Qui m’appelle par mon blaze ? Je ne l’autorise qu’à mes amis, les autres, s’ils osent se le permettre, je les scotche au mur. Il ne faudrait peut-être pas me confondre avec un travesti brésilien du bois de Boulogne. Possible que je le connaisse sous un nom d’emprunt, ce lascar ? Comme d’autres, surnommés la Balafre, Nez râpé ou Gueule décousue, la jactance du milieu.

 

     "Salut mec. Je ne te remets pas. Précise. Patrick".

 

     "Mais si, tu sais, j’étais l’associé du gros Jean-Jean dans le casse de Rouen. Mais je ne veux pas mettre mon blaze sur la toile. La Bise. Camille."

 

     La bise ? Quelle bise du con ? Et gros Jean-Jean, Gros-Jean-jean, c’est qui ce naze ? Le casse de Rouen, c’est quoi encore cette connerie ? Mais, qui c’est ce hotu qui me lèche à distance, un flic, un voyou, et me prend pour un spécialiste des cambrioles ? J’ai connu les deux dans une autre vie : les premiers par malchance, les seconds pour fuir les bêlants. J’ai tenu des bars fréquentés par des arcans et des ripoux, mais me confondre avec une pisseuse qui bouffe chez la volaille et se proclame journaliste d’investigations, un chiotte nous sépare. L’abruti se déboutonne en public. Si fessedebouc analyse, il va nous péter des crottes sur la toile, pensais-je.

 

"Passe par mon mail perso : assemblee-des-senateurs@gmail.com. Patrick".

 

     "Es-tu toujours à Barbate ? Si oui, y’a du fric à se faire. Du gras, du dodu. Tu pourras te noyer dans le champ. La bise. Camille". Insiste-t-il, dans mon mail poubelle.

 

     Ça me laisse rêveur. Un bail que je ne me suis pas baigné dans les bulles d’un Cristal Roederer rosé. Décidément, il me connaît bien cette truffe. Mais qui c’est ce gonze, putain de merde, qui situe Barbate, en Andalousie, la marmite du haschich ? Il jacte comme un malfrat. Du fric serait le bienvenu. Je suis raide comme bande un pendu.

 

      "Non, à Algésiras. Patrick". Précisais-je avec méfiance, sans dévoiler ma position.

 

     Mais pourquoi ai-je donc "liké" Camille Britton ? Et surtout, pourquoi je continue de lui répondre ? Ce zig me fout la tête en vrac. Quel lien m’attire ?

 

      "Peut-on se voir là-bas ?" demande-t-il.

 

     "Non, je préfère Gibraltar, c’est plus pratique pour moi".

 

     Une manière d’éviter un piège. Je connais Gibraltar : douanes à l’entrée et des caméras partout. Comme tout homme qui mesure sa valeur au nombre de ses ennemis, quelques saignants traînent à mes basques.

 

      "OK mec. Jeudi à 3 heures. Mais ou dans Gib ? La bise. Camille."M’écrit l’ectoplasme.

 

      "À l’entrée du nouveau port. Patrick".

 

     Après toute cette bave, je suis presque tenté de sortir mon tire-jus. Qui vais-je accueillir ?

*

*  *

     Camille est Cover Girl internationale. Un coup de fil anonyme lui apprend avec force et détails qu’un notaire détient des documents importants sur sa naissance. Elle devient sa maîtresse et s’empare du dossier qui dévoile comment elle et son frère ont été abandonnés dans l’église Saint Sulpice, à Paris, par leur père, un officier de la Stasi en fuite à l’Ouest. Il savait ne pas survivre, aussi protégea-t-il ses enfants en cachant leur fortune en Suisse. Un secret que Maître Jean Foutre gardait sous le coude depuis des années pour s’engraisser avec les intérêts composés, une coutume de la profession. Deux mois d’enquête lui font découvrir comment retrouver ce frère.

*

*  *

    Je me poste à l’entrée du port. Une jolie femme arrive, la trentaine, grande, mince, magnifique et lascive, en dandinant des hanches. Mon dieu, qu’elle est belle. Une vraie créature du diable. À damner un singe. Je l’admire de la tête aux pieds, j’évalue ses mesures en attendant mon contact. J’aimerais saliver sous sa jupe. Mais bon, probablement pas du mouron pour mon serein. Un souvenir de déjà vu me passe par la tête. Arrivée à ma hauteur, dents blanches et splendide sourire :

 

– C’est vous le grand Patrick, susurre-t-elle, d’une voix plus envoûtante que câline.

– Camille ?

– C’est moi, s’esclaffe-t-elle.

– J’attendais un homme.

– Mon ami qui vous a bien connu est mort. N’en parlons plus, voulez-vous ? J’ai une proposition à vous faire.

– On se connaît, il me semble !

– Je ne pense pas. Pourrions-nous parler dans un endroit tranquille ?

   Je rêve debout, subjugué, sans savoir que ses fesses bouleverseraient ma vie. 

 

     Attablée en terrasse d’un petit bar, elle m’explique qu’elle veut récupérer son frère, bloqué sans passeport en Gambie, avec 30.000 € à la clef si j’effectue ce travail. Elle exige de participer au voyage. Je pose des questions et impose des conditions.

*

*  *

   Nous naviguons depuis deux jours. L’aisance de Camille sur le bateau me surprend. Elle m’observe du haut des marches de l’entrée. Son regard m’inquiète ; quand tout à coup, elle pointe sur moi un petit Derringer 45.

 

 – Je continue ce voyage seule, intime-t-elle d’une voix mal assurée.

L’effort lui crispe la face. Ne tue pas qui veut de sang froid. Elle tremble. J’écarte sa main d’un geste rapide et lui arrache le pistolet. Sauvage, je lui tartine deux gifles, lui tords le bras, la plaque contre moi, et lui prends la bouche. Sa langue répond. Ivre de rage et lubrique, j’arrache slip et soutien-gorge, la retourne et la bloque en fouillant la raie des fesses. Un désir, la soumettre, meurtrir ce corps pervers. Elle faiblit, se laisse faire.

 

–Non Patrick, s’il te plaît, ne fait pas ça, je t’en prie, tu es mon frère, je suis ta sœur, nous sommes jumeaux, nous avons un héritage en commun, je le voulais pour moi, je regrette, pleure-t-elle, en mollissant dans mes bras….

 

Épilogue :

 

     Camille s’est mariée. Deux jumeaux sont nés. Le temps a passé. Je meurs riche et vieux, seul, avec un regret : après l’avoir connue, jamais plus je ne fus amoureux.

 

Patrick Letellier

 

 


28/01/2016
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