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Toxic Croquettes


Toxic croquettes

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Dr JUTTA ZIEGLER

Jutta Ziegler est née en 1955 à Darmstadt et vit à Hallein près de Salzbourg, en Autriche. Après ses études de médecine vétérinaire à Vienne (1975-1981), elle a ouvert sa première clinique à Kuchl, au sud de Salzbourg. Depuis 1999, elle dirige un cabinet dédié aux animaux domestiques et une annexe proposant des produits naturels, dont elle a, pour la plupart, elle-même mis au point la composition. Elle est par ailleurs spécialisée en homéopathie et, depuis des années, se consacre activement aux thérapies alternatives, et plus particulièrement à la « nourriture crue biologiquement appropriée » (ou BARF pour Biologically Appropriate Raw Food), une alimentation respectueuse de la physiologie de l’animal. Elle transmet ses connaissances lors de consultations, de séminaires et de conférences. Elle a deux enfants.

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CHAPITRE 1

Le chat Félix ne peut plus uriner.

Les conséquences d’une alimentation à base de croquettes et de pâtés en boîte.

 

CHAPITRE 2

Le labrador Paul se gratte jusqu’au sang.

Pourquoi les régimes antiallergiques ne font effet que momentanément ou pas du tout.

 

CHAPITRE 3

L’histoire sans fin du berger Toby et de ses articulations fichues.

Les conséquences dramatiques d’une sélection excessive et d’une mauvaise alimentation.

 

CHAPITRE 4

Pourquoi, abusivement vaccinée, la chatte Betina ne put en réchapper.

Sens et non-sens des vaccinations annuelles.

 

CHAPITRE 5

Pourquoi la chienne doberman Sandrina détruit le mobilier.

« Pilules du bonheur » et autres psychotropes pour chiens et chats.

 

CHAPITRE 6

Le calvaire d’un chaton quasiment empoisonné par le vétérinaire.

De l’usage incontrôlé des antibiotiques, de la cortisone, des vermifuges en avalanche, etc...

 

CHAPITRE 7

Saba, le tonneau ambulant à quatre pattes.

Du caractère discutable des régimes restrictifs et des aliments contre le diabète.

 

CHAPITRE 8

La triste histoire de Max, labrador de cinq ans.

Quand chiens et chats sont victimes d’un mauvais usage de la médecine high-tech.

 

CHAPITRE 9

Pourquoi tant de méfiance envers la nourriture crue biologiquement appropriée.

Comment les vétérinaires surévaluent la nourriture prête à l’emploi et favorisent sa vente.

CHAPITRE 10

Comment éviter les interventions inutiles et les erreurs de traitement. Solutions pour le bien de vos animaux.

 

AVANT-PROPOS

Pourquoi ai-je écrit ce livre ? pourquoi ne pas LAISSER les choses telles qu’elles sont ? Les animaux qui nous sont confiés, à nous vétérinaires, nous permettent de bien gagner notre vie et leurs propriétaires ignorent le plus souvent dans quel engrenage leurs visites chez nous les entraînent, à l’image de hamsters dans leur roue. Nombreux sont même ceux qui remercient leur vétérinaire habituel pour les soins présumés dévoués dont a bénéficié leur chien ou leur chat.

 

Je ne veux en aucun cas incriminer les idéalistes parmi les vétérinaires. Ils existent bel et bien. Je mets en cause ceux de mes consœurs et confrères qui profitent sans scrupule de l’amour de leurs clients pour leurs animaux, jouent avec leurs peurs de la pire des façons pour justifier toutes les initiatives imaginables, fussent-elles inappropriées ou superflues. Il n’est pas question de dénoncer ici les erreurs médicales qui peuvent toujours se produire, les vétérinaires n’étant que des hommes. Je souhaite en revanche révéler les innombrables abus qui ont lieu chaque jour dans les cabinets, que ce soit par ignorance ou par duperie délibérée.

 

Comme en médecine humaine, la peur, le manque de connaissances et la mauvaise conscience du propriétaire de l’animal sont des leviers faciles à actionner :

 

« Si vous ne faites pas ceci ou cela, il peut arriver ceci ou cela » ou « Pourquoi n’avez-vous pas fait ceci ou cela ? »

 

Sur la base de ces arguments à la limite de la menace sont imposés des traitements, des vaccinations et des médicaments inutiles. C’est ainsi que beaucoup d’animaux domestiques se retrouvent systématiquement dans la catégorie des malades : le tableau clinique est élargi ou réinterprété jusqu’à transformer un chien ou un chat en bonne santé en animal malade ou nécessitant au moins un traitement. Et il ne vient pas à l’esprit du propriétaire effrayé, en proie au doute, de remettre en question ce que lui annonce « le demi-dieu en blanc ».

 

Les vétérinaires se répartissent fondamentalement en trois groupes.

 

Le premier groupe, cynique et corrompu, sait parfaitement comment plumer les propriétaires d’animaux de compagnie. Il est pleinement conscient de la moralité douteuse de son commerce. Poussé par des difficultés et des contraintes financières ou par pure cupidité, il agit indépendamment du bien des animaux qui lui sont confiés. Pour lui, fondamentalement, le profit tient lieu d’éthique.

 

Le deuxième groupe de vétérinaires se préoccupe peu d’éthique professionnelle et se contente de faire comme il a appris jadis ou comme les autres. Il copie, sans songer à le critiquer, ce qui a soi-disant fait ses preuves depuis longtemps et se laisse tout bonnement entraîner par la masse, à l’abri derrière ses œillères. C’est principalement ce deuxième groupe qui reprend sans hésitation ni remise en question les recommandations de l’industrie des aliments pour animaux et des groupes pharmaceutiques. Il n’a pas conscience de l’ambivalence de son commerce. D’un côté, les médecins vétérinaires de ce groupe agissent bien avec l’intention d’aider les animaux qui leur sont confiés. Mais de l’autre, ils ne s’interrogent pas une seconde sur les causes des maladies chroniques qui se multiplient. Ils fréquentent certes assidûment les séminaires de formation continue, ce qui est une bonne chose, mais sans être pour autant capables de prendre du recul, de faire preuve de bon sens.

 

Quel vétérinaire prend encore le risque de dire au maître que son chien, par exemple, se porte comme un charme et qu’il peut rentrer tranquillement chez lui ? Grande est la peur, en tenant de tels propos - et correspondent-ils d’ailleurs encore tant que cela à la réalité ? - de perdre le client et de le jeter dans les bras d’un confrère. C’est ainsi que des futilités sont montées en épingle et que l’on tourmente les patients à quatre pattes avec des examens et des traitements inutiles.

 

Dans le même temps, la prévention des maladies est complètement négligée. Elles sont simplement acceptées comme tombant du ciel, quelle que soit la fréquence à laquelle elles surviennent, et prises en charge de telle manière que des affections secondaires sont véritablement programmées d’avance. Des exemples de cas constituent le fil rouge de ce livre.

 

Rappelez-vous que les escrocs professionnels sont toujours prévenants et bienveillants ; ils vous parlent d’amour avec la bouche en cœur! (Et comme dirait ma grand-mère : Avec son pullover mon député n’est pas fier, il me serre la main. Evident qu’il ne va pas racoler dans la rue avec son costume Ciffonelli à 15.000 €).

 

Le troisième groupe de vétérinaires est malheureusement encore très restreint, mais il a le mérite de grossir à vue d’œil. Tout comme en médecine humaine, le nombre de médecins vétérinaires qui refusent de se laisser acheter par l’industrie ne cesse de croître. Même chose pour ceux dont la priorité est, non pas de s’enrichir, mais de prendre le temps de déterminer ce qui est vraiment le mieux pour la santé des animaux qui leur sont confiés. Ces vétérinaires travaillent indépendamment de l’industrie des croquettes et des médicaments et n’ont de comptes à rendre qu’à leur conscience.

 

D’un point de vue économique, on pourrait penser que les représentants du premier groupe sont aussi ceux qui ont les plus hauts revenus. C’est certainement le cas dans l’ensemble, mais il existe aussi un nombre croissant de cabinets qui travaillent pour le bien des animaux, les considèrent dans leur globalité, conformément à l’éthique - tout en s’assurant un bénéfice correct. Il doit naturellement nous être permis, à nous vétérinaires comme aux praticiens de médecine humaine, de vivre de notre travail. C’est la raison pour laquelle, comme dans toute profession, il est juste que les professionnels sérieux et zélés gagnent davantage... mais certainement pas au préjudice de la santé des animaux à soigner ! Il est finalement positif que les propriétaires de chiens et de chats critiques et déjà informés grâce à Internet soient de plus en plus nombreux. Grâce à eux, les cabinets travaillant dans une optique globale se multiplieront en proportion.

 

Ce livre a pour objet de vous aider, chers lectrices et lecteurs, à remettre en question les régimes et médicaments prescrits, tout comme les méthodes de diagnostic et de traitement douteuses, et à identifier d’emblée à quel groupe appartient le vétérinaire auquel vous avez affaire.

 

 Mais revenons à la question posée en introduction : pourquoi ai-je écrit ce livre ? Voilà plus de trente ans que j’exerce en libéral au sein d’un cabinet dédié aux animaux domestiques. Ces dernières années ont été pour moi le cadre d’une prise de conscience grandissante : nous, vétérinaires, entraînons les animaux qui nous sont confiés vers une chronicisation de leurs affections, influencés que nous sommes par de fausses informations. Celles-ci concernent notamment la manière dont sont nourris nos chiens et nos chats, la vaccination bien trop fréquente et l’utilisation outrancière d’antibiotiques et de médicaments chimiques de manière générale. Nous, vétérinaires, sommes en grande partie à l’origine de l’augmentation des cas de diabète, d’épilepsie, de maladies du pancréas, du foie et des reins, d’allergies et j’en passe. Bien sûr, la sélection excessive dont sont l’objet de nombreux chiens et chats joue aussi un rôle non négligeable. Elle provoque des infirmités chroniques et l’apparition de maladies que l’on ne rencontrait jamais il y a trente ans, ou seulement de manière exceptionnelle.

 

Un autre phénomène devrait, en tant que professionnels, nous faire réfléchir. À ceux qui clament haut et fort que, grâce aux nouveaux traitements toujours plus coûteux et aux croquettes de régime soi-disant adaptées à chaque maladie, la longévité de nos animaux familiers ne cesse d’augmenter, je rétorque que ce n’est pas exact. Certes, on croise encore aujourd’hui quelques chiens de grande taille âgés de quinze ans ou plus. Mais quand, exceptionnellement, ils atteignent cet âge, c’est en tant que malades chroniques. Autrefois, c’est-à-dire il y a vingt ou trente ans, lorsque nos chiens et nos chats tombaient malades, ils avaient déjà atteint un âge avancé et ne tardaient pas à mourir. Aujourd’hui, nos animaux domestiques prennent beaucoup de médicaments souvent inutiles pour ne guère dépasser l’âge de douze ans. Difficile de savoir combien de pauvres chiens et chats dépérissent sous médication permanente.

 

Le parallèle avec nous, humains, saute aux yeux. Nous-mêmes vivons toujours plus longtemps, les statistiques le montrent. Mais le prix à payer est une moindre qualité de vie, la maladie chronique nous atteignant de plus en plus tôt. Comme chez nos animaux - et comment pourrait-il en être autrement ? -, les affections chroniques augmentent en raison d’une alimentation de mauvaise qualité industriellement dénaturée, d’un mode de vie inadéquat, d’empoisonnements médicamenteux et d’un environnement pollué, entre autres causes. Certes, de plus en plus de voix s’élèvent réclamant un changement de cap. Il n’en demeure pas moins que notre système de santé est en train de s’effondrer, car personne ne peut ou ne veut prendre en charge les coûts supplémentaires toujours croissants. La prophylaxie et l’information sont les parents pauvres et tant qu’il y a aura des médecins pour tracer toujours le même sillon, aucun changement fondamental n’est à attendre. Il en va de même pour les vétérinaires et leurs patients à quatre pattes. Sans évolution des esprits ni changement de paradigme, rien ne peut changer. Nous devrons longtemps encore nous occuper d’enfants et d’adultes toujours plus gros et toujours plus malades et de chiens et de chats... toujours plus gros et toujours plus malades.

 

Nous, vétérinaires, nous ne sommes suivis par aucune caisse d’assurance maladie, ce qui n’est pas plus mal. Cependant. si une telle caisse existait. elle ne verserait sûrement pas un centime pour un grand nombre d’examens, de prescriptions et de traitements inutiles ou pour des aliments dits de régime. Mais qui déterminerait ce qui est utile ou non ? L’exercice libéral du vétérinaire doit être préservé. Laissez-moi tout de même souligner qu’environ quatre-vingts à quatre-vingt-cinq pour cent des chiens souffrent plus ou moins d’une maladie chronique : obésité, lésions hépatiques, maladies du métabolisme, troubles gastro-intestinaux variés, affaiblissement du système immunitaire, allergies, cancers, infections et toutes sortes d’affections du squelette. Pour ce qui est du taux de mortalité, les cancers occupent désormais de loin la première place des statistiques.

 

Nous, vétérinaires, devrions par conséquent faire usage de notre précieuse liberté thérapeutique et entretenir un rapport franc et direct avec les propriétaires de manière à intervenir en amont, grâce à l’information et à la prévention, afin d’éviter autant que faire se peut les maladies citées plus haut. Malheureusement, le quotidien du professionnel est la plupart du temps bien différent. Faute de savoir vétérinaire, mais aussi surtout par intérêt financier, les animaux sont tourmentés et épuisés par toutes sortes de mesures inutiles qui ne font que précipiter leur entrée dans la chronicité.

 

Ce livre a pour but de vous secouer et de vous ouvrir les yeux, chers lectrices et lecteurs ! Il entend interpeller tant mes consœurs et confrères que les propriétaires des animaux pris en charge sur les erreurs et les abus qui se produisent en nombre dans les cabinets vétérinaires.

 

J’ai parfaitement conscience qu’en majorité ma corporation ne partage ni mes acquis ni mes convictions, par crainte entre autres de perdre ses précieux avantages. On me reprochera mon incompétence, on dira que je crache dans la soupe et que sais-je encore ? Il n’empêche que le nombre de chiens et de chats atteints de maladies chroniques augmente parallèlement à celui des antibiotiques, vermifuges, etc... administrés, ce qui me donne raison : quelque chose cloche dans notre système. Aucun argument ne peut contredire cette réalité. Ce sont les faits.

 

Il est évident que je ne parviendrai pas à influencer ou à convaincre le premier groupe de vétérinaires, cyniques et corrompus, présenté plus haut. Le deuxième groupe en revanche, celui des « suiveurs », est sans doute encore ouvert à quelques critiques et pistes de réflexion. Le troisième groupe pense et travaille déjà comme moi. Ces consœurs et confrères trouveront dans ce livre la confirmation de ce qu’ils avaient seulement pressenti ou craint jusqu’ici, comme de ce qu’ils savaient déjà.

 

Pour terminer, laissez-moi vous donner un exemple de cynisme sans pareil observé chez l’un des représentants de ma corporation. Il y a environ un an, j’ai rencontré un confrère tyrolien qui compte parmi les fervents avocats de différents aliments de régime, qu’il distribue bien sûr lui-même à grande échelle. Quand je lui ai demandé s’il savait ce qu’il faisait aux animaux en prescrivant de tels produits, voici quelle fut sa réponse : « Évidemment que je le sais, mais les clients affluent grâce à cela. C’est ce qui me fait vivre, et même très bien ! » Que dire de plus ?

 

Je suis bien consciente, malheureusement, que les « confrères » de ce type n’ont aucun intérêt à réviser leur manière de penser. La pression doit venir du groupe possédant le plus grand pouvoir en médecine vétérinaire. Et ce groupe c’est vous, propriétaires de chiens et de chats ! Informez-vous sur ce qu’il y a de meilleur pour votre animal et, s’il le faut, osez dire

Lorsque, comme ce fut le cas il y a quelques jours, j’ai des nouvelles d’un propriétaire qui m’apprend que son chien n’a pas rechuté depuis sa prise en charge dans mon cabinet, c’est le plus beau compliment, qu’en tant que vétérinaire, on puisse me faire. Je vous souhaite de trouver près de chez vous un professionnel qui travaille avec des méthodes globales au bénéfice de la santé de votre animal et commence par lui épargner les maladies induites par des aliments et des traitements inadaptés.

Mon livre doit pouvoir vous aider à y voir plus clair tout en vous montrant quelles sont les alternatives et comment user avec lucidité des aliments tout prêts, des médicaments, des vermifuges et des vaccins.

 

CHAPITRE 1

LE CHAT FÉLIX NE PEUT PLUS URINER

 

Les conséquences d’une alimentation à base de croquettes et de pâtés en boîte

 

Le chat Félix n’a que cinq ans quand il tombe gravement malade. Assis depuis des heures déjà sur ses toilettes pour chat, il tente en vain d’uriner. Il parvient juste à faire quelques gouttes de sang au prix d’une intense douleur. Il crie si fort que sa maîtresse, Johanna P., prise de panique, rejoint toute affaire cessante la première clinique vétérinaire. Là, Félix est soigneusement examiné et le diagnostic tombe : il a des calculs vésicaux ou, plus exactement, des calculs de struvite (phosphate ammoniaco-magnésien) dans la vessie. Félix est anesthésié et on lui pose une sonde urinaire. Un antibiotique et un antalgique lui sont administrés par piqûre et Johanna P. est autorisée à ramener Félix à la maison munie de dix comprimés d’antibiotique, d’une pâte pour acidifier l’urine et de quarante-huit sachets fraîcheur de 100 grammes chacun contre les calculs (Prix : 48,00 €).

 

Le jour suivant, l’état de Félix s’améliore sensiblement, mais il refuse le pâté de régime. Après deux jours de grève de la faim, Johanna P. téléphone à la clinique et demande ce qu’elle pourrait donner d’autre à son chat. L’assistante vétérinaire la conseille très aimablement tout en la mettant en garde : une rechute rapide est à craindre en cas de refus prolongé du régime. Seule solution : remplacer les sachets fraîcheur par des croquettes. Johanna P. retourne donc à la clinique pour procéder à l’échange. Impossible malheureusement, puisque Madame P. a -logiquement - entamé le lot de sachets. Quarante-quatre sachets sur quarante-huit sont bien intacts, mais faute de lot complet, impossible désormais pour la clinique de vendre les quarante-quatre sachets restants. Cela va de soi ! Très fâcheux tout de même...

 

Johanna P. rentre chez elle avec un sac de 3,5 kilos de croquettes de régime pour la vessie (Prix : 32,00 €). Même refus de la part de Félix. Il recrache également la pâte à acidifier l’urine. Johanna P. réussit à faire prendre à son Félix les comprimés d’antibiotique en usant d’habileté, de patience et. de pâté de foie, non sans mauvaise conscience, puisque selon le vétérinaire, Félix ne doit rien absorber d’autre que ses aliments de régime.

 

Au bout de deux jours supplémentaires durant lesquels Félix refuse toujours obstinément de s’alimenter, Johanna P. appelle un autre vétérinaire. Celui-ci écoute l’énoncé des antécédents et invite Madame P. à venir sans attendre jusqu’à son cabinet. Elle installe Félix, déjà amaigri, dans sa cage de transport et prend la route. Arrivée dans la salle d’attente, elle est frappée par le nombre de doses d’essai et d’affches publicitaires en faveur des aliments de régime. La consultation ne lui apprend malheureusement rien de plus. À la question portant sur l’origine possible des calculs de struvite, elle n’obtient pas de réponse plus satisfaisante qu’à la première clinique :

 

Beaucoup de chats en souffrent, ça arrive souvent, déclare le vétérinaire. Voilà qui est éclairant !

 

—    Alors, il ne me reste plus qu’à lui donner à vie ces aliments de régime chers et qu’il n’aime pas du tout ? demande Madame P.

 

—    Oui, évidemment, sinon il va retomber malade, prévient le vétérinaire qui a tout de suite la solution. Il existe des aliments de régime contre les calculs d’une autre marque qu’il aimera sûrement !

 

On fait une piqûre à Félix et Madame P. repart, munie cette fois de douze boîtes de régime contre les calculs (Prix : 32,40 €) et, pour varier, de trois kilos de croquettes de la même gamme (Prix : 29,90 €). Excusez du peu !

 

Johanna P. rentre chez elle avec son protégé et pleine d’espoir. Mais le nouvel aliment ne provoque pas non plus l’enthousiasme chez Félix. Il goûte quelques miettes de croquettes avant de s’en détourner avec dégoût. Il touche à peine aux boîtes. Madame P. se désespère et se demande ce qu’elle a fait de travers. La publicité comme le vétérinaire assure que la nourriture prête à l’emploi est la meilleure pour les chats et qu’elle leur plaît au goût. Impossible donc de mal faire en donnant uniquement des aliments tout prêts de qualité supérieure !

 

Pourquoi alors le chat Félix se retrouve-t-il avec des calculs de struvite ? Johanna P. a pourtant fait tout ce qu’il fallait puisqu’elle n’a jamais rien servi d’autre à son chat qu’une nourriture prête à l’emploi « équilibrée » et « adaptée à ses besoins ».

 

On ne compte plus les propriétaires de chats qui se posent chaque jour la même question sans recevoir de réponse satisfaisante de la part de leur vétérinaire. Les questions portant sur l’alimentation appropriée des chats en bonne santé ou sur les maladies causées par des erreurs alimentaires ne sont visiblement pas les bienvenues. Pour toute réponse, les vétérinaires eux-mêmes recommandent souvent Whiskas & Cie dans un premier temps, avant de vendre des aliments de régime hors de prix aux propriétaires des chats ainsi rendus malades. Ces aliments spéciaux ne sont pas seulement chers, mais de qualité médiocre, ce qui manifestement ne choque personne, bien au contraire : plus il y a d’animaux malades, plus leurs maîtres sont obligés de consulter le vétérinaire.

 

Beaucoup de vétérinaires, semble-t-il, s’en remettent aveuglément aux recommandations de l’industrie des aliments pour animaux. Rien là d’étonnant puisque, malheureusement, l’alimentation appropriée du chat est absente de la formation vétérinaire. Les futurs professionnels apprennent certes à mettre au point des programmes alimentaires en se référant à des tableaux de besoins, mais les tableaux en question ne font que reprendre les indications de l’industrie ! Les étudiants se voient présenter au cours de leur formation différents aliments tout prêts élaborés industriellement et ils doivent, par exemple, calculer à l’aide des indications correspondantes (ingrédients et additifs) les besoins quotidiens d’un chat. L’industrie est donc intégrée dès le départ dans les études sans la moindre critique. C’est tellement pratique ! Pour quelle raison, dans ces conditions, un étudiant, qui n’a rien appris en dehors des aliments tout prêts, se mettrait-il subitement à tout remettre en cause, quand de surcroît les aspects lucratifs de la vente d’aliments lui sont clairement montrés avant même le début de sa carrière professionnelle ? De même, au cours des stages qu’il fera par la suite dans des cabinets et cliniques vétérinaires, jamais aucune alternative aux aliments tout prêts ne lui sera présentée. Même chose quant à la formation continue consacrée à l’alimentation des chiens et des chats : c’est le sponsor industriel qui fixe à l’avance les thèmes et les contenus. C’est ainsi qu’en général les vétérinaires ne connaissent rien d’autre que la nourriture élaborée par l’industrie et se retrouvent dans une impasse.

 

Quand un jeune vétérinaire ouvre à son tour son propre cabinet, l’industrie le couvre immédiatement de cadeaux de bienvenue : des montagnes de boîtes et de croquettes de régime sont livrées franco de port à l’adresse du nouveau cabinet, accompagnées de caisses d’échantillons gratuits - évidemment ! - destinés aux maîtres. Le nouveau praticien a ainsi sous la main l’aliment de régime adapté à chaque maladie. Il est tellement simple d’entretenir un mécanisme si bien huilé ! Pour nourrir chiots et chatons en bonne santé, le vétérinaire recommande de donner dès le départ uniquement une nourriture prête à l’emploi. Raison invoquée : elle contient tout ce dont ils ont besoin pour leur croissance. Voilà la belle fable racontée chaque jour à des milliers de propriétaires d’animaux domestiques.

 

Pourtant cette formule - tout ce dont les chiens et les chats ont besoin est déjà dedans - est la plus fjneste hérésie servie par l’industrie. Selon elle comme pour la plupart des vétérinaires, les besoins de nos animaux de compagnie se résument à certains pourcentages de protéines, de matières grasses et de fibres brutes, ainsi qu’à un certain nombre d’unités internationales (UI) de vitamines et minéraux de synthèse, le tout mixé chimiquement en laboratoire. Résultat : un pur produit artificiel de l’industrie. Et pour s’assurer que nos pauvres compagnons mangent bien cette mixture morte, on incorpore des exhausteurs de goût additionnés de conservateurs pour que le tout ne se perde pas. Pour chaque âge, pour chaque race, pour chaque prédisposition, il existe une variante spéciale, même si en réalité les différences de composition sont minimes : toutes se ressemblent a priori.

 

Mais revenons à notre Félix et à ses calculs de struvite. Comme nous l’avons vu, il n’a connu de toute sa vie que Whiskas, Kitekat et Cie, le plus souvent sous forme de croquettes selon les recommandations du vétérinaire.

 

« Vous pouvez essayer sans problème toutes les marques vendues en grande distribution ; si votre chat aime, c’est que cela lui réussit », avait dit le vétérinaire à Johanna P. qui, en bonne maîtresse, en était restée là. Le fait que Félix soit à présent malade n’a, du point de vue du professionnel, aucun rapport avec son alimentation. Les maladies, il faut le savoir, arrivent de nulle part et un animal malade fait, soit dit en passant, rentrer plus d’argent dans la caisse d’un cabinet qu’un animal en bonne santé.

 

Pourquoi notre Félix a-t-il des calculs de struvite ? Les croquettes pour chat contiennent une proportion importante de céréales (jusqu’à 80 %). Le reste se compose le plus souvent de protéines de qualité médiocre, « redynamisées » à l’aide d’additifs. Le chat est cependant un pur carnivore et sa nourriture devrait contenir au moins quatre-vingt-treize pour cent de protéines d’origine animale de bonne qualité. Les céréales n’ont quasiment rien à faire dans une nourriture appropriée, hormis, par comparaison, la petite quantité qui se trouve encore dans l’estomac de la souris consommée par les chats les mieux lotis, libres de déambuler à travers la campagne.

 

L’intestin du chat n’est pas du tout conçu pour digérer les céréales. Il est très court et par conséquent incapable de décomposer et d’utiliser de manière adéquate les glucides (céréales). C’est ainsi qu’aucune sorte de croquettes ne peut répondre aux besoins d’un chat en protéines de qualité. Résultat : la proportion trop élevée de céréales provoque une modification du pH (degré d’acidité) urinaire qui ouvre tout grand les portes à la formation de calculs vésicaux. Par ailleurs, en consommant sa nourriture naturelle, à savoir des souris ou de la viande crue, le chat absorbe suffisamment de liquide, ce qui n’est pas le cas avec les croquettes. Pour couvrir ses besoins, le chat nourri avec des croquettes devrait absorber le triple de la dose en eau, alors qu’en tant qu’animal originaire du désert, il boit peu. Pour compenser la carence en liquide liée à la nourriture sèche, l’organisme du chat concentre davantage l’urine et la vessie se vide moins souvent. Cette concentration urinaire ainsi que l’alcalinisation du pH due à la proportion bien trop importante de céréales aboutissent finalement à la formation de calculs de struvite.

 

Et Félix dans tout ça ? Entre-temps, Johanna P. en a eu assez des coûteux aliments de régime à peine goûtés dont la plus grande part a fini à la poubelle. Elle donne de nouveau à Félix la nourriture qu’il aime, celle d’avant la maladie. Elle y mélange prudemment la pâte acidifiante. Cela ne fonctionne pas mal. Par moments, elle arrive même à refiler à Félix quelques miettes de croquettes de régime. Comme il est sorti de l’aventure plutôt affamé, il les mange à contrecœur, mais les mange quand même.

 

Quelques mois s’écoulent durant lesquels Félix se porte plus ou moins bien. Puis un jour, le revoilà assis dans son bac à litière à essayer d’uriner. Les quelques gouttes qui suintent lui arrachent des cris à faire pitié. Ça ne va pas recommencer ! se dit Johanna P. avant de conduire une nouvelle fois Félix jusqu’à la clinique vétérinaire. Là, même procédure que précédemment : anesthésie, sonde, piqûres, comprimés. Mais nouveau diagnostic : calculs d’oxalate, c’est-à-dire calculs rénaux. « Comment est-ce possible ? » demande Madame P. au vétérinaire de service tout en lui narrant ses difficultés face au refus de Félix de manger sa nourriture de régime, même s’il absorbe régulièrement la pâte acidifiante. Le vétérinaire, indigné, rend Madame P. responsable de l’apparition des calculs d’oxalate. Elle a probablement ajouté trop de pâte acidifiante à la nourriture. Maintenant, l’urine est trop acide, d’où les calculs.

 

Cette fois, Félix met plus longtemps à se remettre. Il boit davantage et mange de moins en moins. Il n’aime pas sa nouvelle nourriture de régime contre les calculs d’oxalate et préfère jeûner.

 

Après quelques mois supplémentaires, Félix est hirsute et il a considérablement maigri. Disparue sa si fière allure. Johanna P. contacte une fois de plus la clinique et fait part du piètre état de Félix. Le vétérinaire lui donne rendez-vous pour une analyse de sang qui doit être effectuée au plus vite. Sur la table de soins, Félix mord et donne des coups de griffes à qui tente de l’approcher. D’ordinaire bonne pâte, il se montre franchement agressif. Une nouvelle anesthésie est pratiquée pour réussir à faire la prise de sang. Le résultat n’est pas bon : il présente des taux élevés d’urée et de créatinine, idem pour le phosphore. Félix a les reins malades.

 

On lui fait des perfusions et quelques piqûres. Comme précédemment, on fournit à Johanna P. quarante-huit sachets fraîcheur et quatre kilos de croquettes - pour les reins cette fois -, des comprimés et une poudre que Félix devra avaler une fois par jour pour faire baisser la trop forte teneur en phosphore de son sang.

 

« Ce régime est obligatoire », déclare le vétérinaire en remarquant la mine désespérée de Madame P. à la vue du nouveau stock d’aliments et de son coût. «la maladie rénale «  impose une nourriture moins riche en protéines. » À la question de Johanna P. quant aux causes possibles de cette maladie, la réponse est la suivante : « Les reins sont le point faible de beaucoup de chats et vu les antécédents de Félix, c’était à prévoir. Les calculs urinaires provoquent souvent des insuffisances rénales, qui parfois ne se manifestent que plusieurs années plus tard, mais le plus souvent au bout de quelques mois seulement. »

 

Il se trouve que la maladie des reins est aussi la conséquence d’une mauvaise alimentation. Croquettes de régime ou croquettes normales, peu importe : les deux contiennent une proportion bien trop élevée de céréales. Les reins ne peuvent pas les métaboliser, ce qui entraîne une sollicitation excessive permanente. Et il faut maintenant que Félix mange moins de protéines ? C’est comme si une vache ne pouvait plus manger ni foin ni herbe, alors qu’il s’agit là de sa principale source alimentaire naturelle.

 

Des études américaines ont clairement montré depuis longtemps qu’un apport réduit en protéines ne permet pas de remédier aux maladies rénales. Bien au contraire : le plus important, qu’il s’agisse de chats en bonne santé ou de chats malades des reins, est de leur donner des protéines de qualité qui, sous leur forme optimale, ne se trouvent que dans la viande crue. La nourriture traditionnelle prête à l’emploi, y compris de régime, est, outre sa teneur bien trop faible en protéines, fabriquée non pas à partir de viande, mais de sous-produits animaux. D’autre part, on utilise des protéines végétales que l’organisme du chat absorbe très mal ou pas du tout. La teneur en protéines inscrite sur les boîtes et les emballages ne renseigne pas sur leur qualité. À cela s’ajoutent des céréales qui surmènent les reins. Un véritable cocktail empoisonné pour des chats qui sont par nature de purs carnivores et que l’on rend activement malades ! Il n’est pas difficile d’expliquer la fréquence croissante, ces dernières années, des maladies du rein et de la vessie chez le chat. Elles augmentent parallèlement à l’utilisation de nourriture toute prête et de régime. Les chats auxquels on donne peu ou pas de nourriture toute prête mais beaucoup de viande fraîche, ont à l’inverse peu de problèmes de vessie ou de reins.

 

Quant à l’intérêt d’abaisser un taux de phosphore augmenté chez les chats malades des reins, il n’est pas encore démontré. L’abaissement du taux de phosphore par le biais des médicaments doit soi-disant empêcher l’accumulation nuisible de calcium dans les reins. Mais cet abaissement artificiel par la chimie influence le taux de calcium. On vient donc complètement chambouler la combinaison sensible de deux minéraux. Les principales causes des calculs vésicaux sont en réalité la modification du pH des urines ainsi que leur concentration anormale. Ce qui explique que des maladies rénales succèdent souvent à des calculs vésicaux, même si les deux tableaux cliniques peuvent apparaître indépendamment l’un de l’autre.

 

Combien de fois suis-je amenée, dans mon propre cabinet, à devoir euthanasier des chats encore jeunes (cinq ans, voire moins) à cause de reins qui ne fonctionnent plus du tout. Et leur nombre croît à vue d’œil ! Pourtant des chats, certes malades mais dont l’alimentation est encore modifiable, peuvent vivre encore longtemps et surtout en bonne forme, à condition qu’ils n’aient pas été désensibilisés à leur nourriture naturelle : viande crue ou souris. Dans ces aliments non transformés, protéines et phosphore sont présents dans leur biodisponibilité naturelle. Il ne se forme ni calculs vésicaux, ni calculs de struvite, ni calculs d’oxalate, puisque le pH de l’urine est normal et non soumis à des variations constantes.

 

Cela dit, il peut être difficile de réhabituer à une nourriture naturelle des chats qui n’ont jamais rien connu d’autre que les aliments tout prêts et que l’on a véritablement rendus dépendants aux arômes artificiels et autres phéromones. Cependant, grâce à un « sevrage doux », c’est-à-dire en incorporant de la viande crue aux aliments tout prêts et en réduisant progressivement la nourriture industrielle, il est possible d’y parvenir. L’issue est en revanche fatale si le propriétaire retourne à la nourriture industrielle après le rétablissement du chat. La réapparition des affections est alors programmée. Au bout de plusieurs rechutes, la plupart des propriétaires deviennent néanmoins raisonnables et respectent enfin l’interdit frappant les aliments tout prêts.

 

Maîtres et maîtresses se montrent en effet plus avisés que la plupart des vétérinaires. Ces derniers persistent stoïquement à prescrire une nourriture soit allégée en phosphore et en protéines en cas de pathologie rénale, soit capable d’abaisser ou d’augmenter (en fonction du tableau clinique) le pH en cas de calculs vésicaux. C’est le traitement standard et comment pourrait-il en être autrement ? C’est ce qui est appris à l’université depuis toujours.

 

En voici l’illustration caractéristique à travers l’échange par courrier électronique que j’ai eu le 5 novembre 2009 avec la directrice de la faculté de médecine vétérinaire de l’université de Vienne.

 

Chère consœur,

 

Permettez-moi de vous faire part de mon embarras en matière de nourriture. Que recommandez-vous pour les chats souffrant de maladie rénale ? Quels aliments de régime sont les mieux tolérés et les plus efficaces quant aux matières premières, aux additifs, etc... ? Je vous remercie par avance.

 

Avec mes salutations respectueuses,

 

Dr Jutta Ziegler

 

Voici maintenant la réponse.

 

Chère Docteur Ziegler,

 

En ce qui concerne les régimes pour chats atteints de maladie rénale, « Hill’s k/d » est l’aliment présentant les teneurs en protéines et en phosphore les plus faibles et donc à recommander en cas d’insuffisance rénale moyenne à grave (si l’animal l’accepte, ce qui n ’est pas toujours le cas). L’équivalent Royal Canin présente des teneurs un peu plus élevées, mais est à recommander pour les cas de moindre gravité, en cas de refus de Hill’s et comme nourriture permanente ; et il est de toute façon bien meilleur que les aliments pour les reins proposés dans le commerce spécialisé ou que la nourriture normale.

 

En clair : en présence de cas graves, Hill’s 6 à 8 semaines. Quand l’urée et le phosphore se sont stabilisés dans le sang, commencer par mélanger Royal Canin et Hill ’s, puis, selon l’état, Royal Canin seul.

 

Avec mes salutations distinguées,

 

Signé du nom de la directrice

 

Allez vous y retrouver ! Qu’entend Madame le Docteur X par « nourriture normale » ? Whiskas, Sheba et Cie ? Tout ceci montre clairement les liens étroits qui existent entre les universités et l’industrie des aliments pour animaux. Il est logique que les vétérinaires perpétuent ce qu’ils ont entendu et appris sur les bancs de la fac. D’autant plus que c’est à leur avantage.

 

C’est la même chose pour les médecins, ils n’apprennent pas les soins naturels par les plantes qui datent de la nuit des temps. En précisant que le diplôme d’herboriste est interdit en France depuis… Pétain. Non interdit par Pétain, mais par les rats griffus qui s’empiffraient autour. Désormais les « herboristeries » (elles n’en ont que le nom, les plantes efficaces sont interdites – et les autres irradiées ? ) sont tenues par des … pharmaciens. Leurs chiffres d’affaires étant moindre que les autres pharmaciens qui paie la différence pour prendre ce créneau : Big Pharma ?)

 

Pas un mot de la part de ma chère consœur à propos des matières premières utilisées dans les aliments cités. Pas un mot non plus sur les protéines de mauvaise qualité et sur la proportion de céréales bien trop élevée surmenant les reins. Aucune information sur la composition des protéines, rien non plus sur les conservateurs nuisibles pour la santé. Et rien enfin sur la possible alternative consistant à donner à un chat malade des reins une nourriture préparée à la maison à base de protéines de qualité. Seule entre ici en ligne de compte la dépendance envers l’industrie. Le bon sens, lui, n’est pas de mise, malheureusement.

 

Il est pourtant si simple de donner à un chat une nourriture appropriée (voir Chapitre 9). Seuls sont nécessaires le bon sens déjà évoqué et un minimum de confiance en ce que l’on fait soi-même, qualités en voie de disparition dans notre monde industrialisé. Résultat : les maîtres qui nourrissent leur chat avec de la viande crue préfèrent ne pas en parler ou le font seulement à mots couverts. Il est courant, en effet, qu’ils s’entendent qualifier de criminels sans cœur par les autres propriétaires d’animaux qui s’exclament : « Comment peux-tu être aussi irresponsable ? Ton animal va avoir des carences ! » Il n’en aura sûrement pas, croyez-moi. Au contraire.

 

Et que devient notre Félix ? Il a continué à maigrir, il ne mange que rarement sa nourriture de régime qui lui répugne. Apathique, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Quand il va particulièrement mal, Johanna P. l’emmène jusqu’à la clinique vétérinaire où on lui fait des perfusions. Évidemment, elle a consulté d’autres vétérinaires qui lui ont tous répété la même chose. Elle n’est pas loin de la résignation.

 

Un jour où Félix va particulièrement mal, passant ses journées sans manger et se contentant de boire de l’eau, elle décide, le cœur lourd, de le délivrer définitivement de sa souffrance. Elle se rend avec lui à la clinique pour le faire euthanasier. Cette fois, la facture finale lui est respectueusement envoyée par la poste.

 

Félix n’a pas atteint l’âge de sept ans.

 

Une triste histoire qui met en rage. L’exemple de Félix n’est pourtant pas un cas isolé, mais un cas parmi beaucoup, beaucoup d’autres.

 

CHAPITRE 2

LE LABRADOR PAUL SE GRATTE JUSQU’AU SANG

 

Pourquoi les régimes antiallergiques ne font effet que momentanément ou pas du tout

 

Le labrador Paul a toujours mangé des croquettes (spéciales chiot). Sylvia H. va chercher l’adorable petit Paul à huit semaines et lui donne, pour être sûre de ne commettre aucune erreur, les croquettes recommandées par l’éleveuse. « Il y est déjà habitué, elles lui réussissent bien et elles contiennent tout ce dont il a besoin », lui dit-elle. Mais, les semaines suivantes, petit Paul a régulièrement la diarrhée. À chaque fois cependant, les comprimés de charbon prescrits par le vétérinaire font leur effet.

 

À plusieurs reprises, le chiot doit prendre des antibiotiques, car la diarrhée est particulièrement grave et Paul est vraiment malade. Il reçoit tous ses vaccins, il est vermifugé, on le débarrasse de ses puces : le programme complet des manuels. Quelques petites semaines plus tard, Paul commence pourtant à se gratter horriblement. Il ne parvient pas à se calmer, il change de place sans arrêt, notamment la nuit ; il se gratte et se mord constamment. Le vétérinaire traite de nouveau les puces et lui fait une piqûre contre les démangeaisons. Elles se calment provisoirement pour recommencer de plus belle au bout de quelques jours. L’inflammation touche aussi les oreilles qui sont rouge cramoisi. Paul souffre affreusement.

 

Sylvia H. ramène Paul chez le vétérinaire qui lui prescrit des gouttes pour les oreilles, des bains antiallergiques, ainsi que des antibiotiques à prendre pendant dix jours. À cela s’ajoute bien sûr une nouvelle piqûre. Diagnostic : le chiot fait une allergie. Paul doit donc dorénavant être nourri avec un aliment dit hypoallergénique, sous forme de croquettes spéciales. Entre les bains, les gouttes à mettre dans les oreilles et les antibiotiques à administrer, Sylvia H. ne chôme pas. Elle ne rechigne pas pour autant : il faut bien venir à bout de cette allergie ! Mais Paul n’aime pas du tout ses croquettes spéciales. Sylvia H. ne cède pas et ne lui donne rien d’autre. Paul prend sur lui et mange. Il n’a que six mois et compte déjà parmi les malades chroniques de son vétérinaire.

 

À l’issue de la cure antibiotique de dix jours, Paul va nettement mieux. Autre problème cependant : les comprimés ont eu des effets néfastes sur son estomac et son intestin. Résultat : la diarrhée est de retour. Sylvia H., qui a appris à s’y retrouver parmi les nombreux maux de Paul, lui donne des comprimés de charbon. Cette fois encore, ils sont très efficaces.

 

Mais quelques semaines plus tard, Paul se remet à se gratter comme un fou. Aucune partie de son corps n’y échappe. L’inflammation de ses oreilles réapparaît et il souffre beaucoup. Sylvia H., désespérée, change de vétérinaire. Le nouveau vétérinaire prescrit un test d’allergie et pose une collerette autour du cou de Paul pour qu’il ne puisse plus se gratter. En attendant les résultats du test, on lui fait des piqûres de cortisone en préventif et des comprimés de cortisone prennent le relais à la maison. Le résultat du test est le suivant : Paul est allergique aux acariens de poussière et de stockage alimentaire, ainsi qu’au maïs et à la viande de bœuf et d’agneau.

 

Puisque les croquettes antiallergiques qu’il mangeait jusque-là contenaient du maïs, elles sont remplacées par d’autres, à base de soja cette fois. Sylvia H. reçoit d’autre part pour instruction de nettoyer en permanence tous les tissus avec lesquels Paul entre en contact et de se procurer un aspirateur équipé d’un filtre antiacariens. Il faudra aussi congeler les croquettes avant consommation pour éliminer les acariens de stockage. Sylvia H. respecte toutes les prescriptions. Elle est prête à tout pour soulager Paul qui lui fait tant de peine avec ses démangeaisons incessantes et ses oreilles douloureusement enflammées.

 

Pendant quelque temps, cela ne fonctionne pas trop mal, puis Paul recommence à se gratter. Sylvia H. lui remet immédiatement sa collerette pour l’en empêcher. Mais un jour, la crise de démangeaison est si forte qu’il réussit à s’en débarrasser et la met carrément en pièces, avant de se mordre et de se gratter jusqu’au sang. À force, la peau de son ventre, en particulier, présente de nettes lésions. Les zones concernées sont noires et ont l’aspect du cuir. Quant à celles plus récemment attaquées, sur le dos cette fois, elles passent au rouge vif et suppurent. Sylvia H. est complètement désespérée.

 

Paul, qui aura maintenant bientôt un an, ne s’est jamais vraiment bien porté. Il est toujours très fatigué, les promenades ne lui font pas particulièrement plaisir et son allure est très éloignée de celle d’un chien joyeux et en bonne santé. Son poil est terne et hirsute. Il n’a plus le droit de se coucher dans le séjour en raison de son assez forte odeur et de ses flatulences. Chien et maîtresse sont aussi malheureux l’un que l’autre de la situation. À intervalles réguliers, la diarrhée revient. Les comprimés de charbon finissent par ne plus agir. Excédée, Sylvia H. met Paul dans la voiture et le conduit jusqu’à une clinique vétérinaire recommandée par une connaissance. Elle est loin de chez elle, mais un spécialiste des maladies de peau est censé y exercer.

 

Dans cette clinique spécialisée, Paul subit une prise de sang et ses selles sont analysées. Un nouveau test d’allergie, une échographie et une radio sont également effectués. Sylvia H. attend avec impatience les résultats. Ils ne laissent rien augurer de bon : les valeurs hépatiques sont élevées, les enzymes pancréatiques sont hors norme, l’élastase fécale (témoin de l’activité du pancréas) est insuffisante et la formule sanguine est mauvaise. Le test d’allergie, quant à lui, révèle que Paul, en plus d’être allergique aux acariens de poussière et de stockage, au blé, au maïs, à la viande de bœuf et d’agneau, l’est aussi au soja. On lui fait des perfusions et prendre des comprimés pour protéger son foie et des enzymes lui sont prescrites pour la digestion. Évidemment, il faut de nouveau changer de croquettes antiallergiques. Cette fois, la recette est pour le moins exotique : viande de cerf au tapioca. Elle ne suffit cependant pas à redonner le sourire à Sylvia H. Les sommes dépensées pour les analyses, les traitements, les médicaments et la nourriture atteignent en effet des proportions menaçantes pour son porte-monnaie, un seul sac de douze kilos des différents aliments antiallergiques coûtant à lui seul entre cinquante-six et quatre-vingt-cinq euros. Et Paul ne guérit pas pour autant, son état empire.

 

Le troisième changement de nourriture ne donne qu’une amélioration provisoire. L’ensemble des traitements entrepris n’a mené à rien et Paul va manifestement de plus en plus mal. Sylvia H. décide alors de faire une toute dernière tentative qui la conduit jusqu’à mon cabinet au printemps 2008. En tant que spécialiste en homéopathie, je suis sans arrêt confrontée à de pareils cas, apparemment sans espoir et pour lesquels tout a déjà été tenté. Que s’est-il passé dans celui de Paul ?

 

Reprenons depuis le début. Depuis sa naissance, comme à sa mère d’ailleurs, on n’a donné à Paul que des croquettes. C’est ainsi que lut posée la première pierre à l’origine des affections à suivre. Car, en étant nourri de la sorte, il était impossible à Paul de se constituer une llore intestinale de carnivore saine. Normalement, une mère transmet à ses chiots, dès leur naissance et par la suite, des bactéries essentielles ainsi que des enzymes digestives. Le processus commence dès la mise bas, lors du passage par la voie génitale, puis se poursuit par la toilette et le léchage réguliers effectués par la mère, etc... Ces substances si importantes, Paul ne les a pas reçues de sa mère en raison de sa propre alimentation inadaptée et il n’a pas pu se constituer lui-même une flore intestinale saine par la suite puisqu’il a été nourri exclusivement avec des croquettes.

 

Quel est le problème avec les croquettes ? Tout aliment sec est broyé mécaniquement lors de sa fabrication au point de rendre ses composants méconnaissables, puis chauffé à très haute température. Il est ainsi plus facile à travailler, mais ce procédé détruit les enzymes si précieuses pour la digestion et dénature les protéines. Quant aux bactéries essentielles pour digérer, elles n’ont aucune chance de survie. Que reste-t-il de vivant dans les croquettes : rien à part les acariens de stockage ! J’y reviendrai.

 

Que pouvons-nous faire pour commencer dans le cas de Paul ? Il faut le faire passer à une nourriture « vivante ». Ce qui ne veut naturellement pas dire, en l’occurrence, lui donner des poulets vivants, mais une nourriture dont les ingrédients sont encore présents dans leur composition naturelle d’origine. Lors de la fabrication des croquettes, les ingrédients sont à l’inverse réduits à leurs principaux composants, avant d’être ré-assemblés pour obtenir une nouvelle forme. Or, une matière sous sa forme d’origine n’a rien à voir avec la somme de ses composants chimiques. Et elle n’est disponible que lorsque la nourriture est proposée sous sa forme naturelle - à savoir viande et parures de viande - et crue. Légumes et herbes aromatiques viendront compléter ce repas.

 

Sylvia H. est prête à prendre en charge la préparation des repas de Paul. Il faudra commencer par reconstituer une flore intestinale saine, ce qui ne se fait pas du jour au lendemain. Les diverses allergies de Paul ne facilitent pas le choix des variétés de viande.

 

Les croquettes « stériles » empêchent non seulement le développement d’une flore intestinale saine, mais elles entraînent également une sollicitation excessive et permanente du pancréas en raison de la proportion bien trop élevée de céréales, d’où un risque de diabète nettement accru. Pour des questions de coût exclusivement - les céréales étant bien moins chères que la viande -, les carnivores sont transformés en granivores.

 

Les aliments tout prêts mettent jusqu’à vingt-quatre heures pour transiter dans l’intestin quand la viande fraîche n’en met que six à huit environ. Le temps nécessaire à la digestion diffère donc de manière importante. Le surmenage constant du tube digestif lié à une nourriture dont la composition n’est pas conforme aux besoins de l’animal finit par entraîner un déficit enzymatique, puis une fermentation anormale dans l’intestin. Les premières réactions sont les diarrhées, telles qu’elles sont apparues précocement chez Paul. Les fermentations libèrent des substances qui rendent la paroi intestinale plus perméable. Celle-ci laisse alors passer de plus grosses molécules qui arrivent ainsi directement dans le sang. Le système immunitaire réagit en se mettant à produire davantage d’anticorps, eux-mêmes annonciateurs de l’allergie. Si l’organisme reçoit sans arrêt les substances en cause (parmi lesquelles comptent aussi tous les additifs artificiels), ces dernières peuvent affecter directement le métabolisme. Le système immunitaire s’affole et développe en permanence de nouvelles réactions de défense.

 

Ce mécanisme vaut aussi pour des ingrédients qui, en situation ordinaire, ne pourraient jamais déclencher d’allergie, telle la viande de bœuf, aliment normalement à la fois naturel et sain pour un chien. Ces réactions immunologiques se reproduisent en chaîne, une sensibilité excessive succédant à une autre, ce qui explique aussi pourquoi la désensibilisation ne suffit pas et n’agit qu’à court terme. Elle consiste à fabriquer contre un antigène précis (c’est-à-dire la substance qui déclenche l’allergie) un vaccin administré sous forme de piqûre. Le traitement, qui peut durer des années, commence habituellement par un simple test sanguin permettant d’identifier les allergènes déclencheurs. En fonction des résultats et de l’allergie correspondante, on passe d’un type d’aliment à l’autre et seuls les ingrédients diffèrent. En effet, un aliment de régime se limite certes à une unique source de protéines, mais pour le reste rien ne le distingue des autres : le processus de fabrication au cours duquel l’ensemble des nutriments est détruit, des additifs artificiels sont ajoutés..., reste le même. Cela vaut aussi pour les conservateurs et les arômes potentiellement allergisants. Il est donc logique que cette solution ne puisse fonctionner, sauf à très court terme.

 

Dans le cas de Paul, il faut donc y aller très progressivement. Il faudra commencer par purifier l’intestin trop sollicité, puis poursuivre en reconstituant une flore intestinale fonctionnelle. Un régime d’élimination ne sera mis en place que dans un second temps, afin de déterminer ce que Paul supporte ou non.

 

Deux jours de jeûne seront tout d’abord observés, durant lesquels Paul ne prendra que de l’eau et une cuillère à soupe de yaourt nature qui apportera des bactéries vivantes bénéfiques pour la flore intestinale. Puis il aura droit à du poulet cuit (pour commencer, cru plus tard) avec des carottes, accompagnés chaque jour de yaourt nature, d’algues marines et d’argile. Un jour de jeûne par semaine viendra toujours s’intercaler. Le tout est bien toléré par Paul. Le poulet ne pose donc pas de problème. Au bout de quatre semaines, le nouveau menu se compose de viande de bœuf accompagnée de légumes. La viande est de moins en moins cuite. À l’issue de quelques semaines supplémentaires, la digestion de Paul est bien réglée et il mange sa viande crue. Son système digestif fonctionne désormais très bien et il apprécie sa viande crue accompagnée de sa portion de légumes quotidienne. Argile et algues marines font toujours partie du menu, de même que différentes herbes aromatiques ou plantes : persil, basilic, origan, ciboulette ou pissenlit. Le fait qu’il tolère maintenant bien la viande de bœuf, qui s’était avérée positive lors du test d’allergie, témoigne de la constitution désormais naturelle de sa flore intestinale.

 

Les allergies à certains types précis de viande, comme le bœuf chez Paul, ne concernent souvent que le produit travaillé industriellement. Sous sa forme brute, c’est-à-dire crue, il est le plus souvent toléré sans difficulté. Le régime d’élimination de Paul montre qu’il tolère très bien tous les types de viande ou presque, mais pas sous leur forme industrielle. Il s’avère qu’il ne tolère effectivement pas la viande d’agneau. S’il en consomme, ses oreilles rougissent immédiatement. Cette viande est donc complètement éliminée de son alimentation. Désormais, les diarrhées ne sont plus qu’un mauvais souvenir, les démangeaisons se sont bien calmées, mais en ce qui concerne les oreilles, tout n’est pas encore rentré dans l’ordre. Les poussées inflammatoires sont toujours d’actualité, les allergies ne disparaissant pas comme par enchantement. Mais, grâce à sa flore intestinale reconstituée, Paul digère bien comme en témoigne la disparition des diarrhées. Sa paroi intestinale ne laisse plus passer de substances étrangères dans son sang, ce qui soulage son système immunitaire.

 

L’allergie aux acariens de poussière est bien sûr toujours présente, mais sous une forme nettement atténuée. Paul doit par conséquent passer plus de temps en plein air. Voilà qui est facile à mettre en place pour Sylvia H. qui dispose d’un jardin entouré d’une clôture toute neuve dans lequel Paul peut se dépenser. L’allergie aux acariens de stockage est quant à elle évacuée puisqu’il est absolument interdit à Paul de consommer des aliments tout prêts. Or, ce type d’acarien ne se trouve que dans les croquettes. Le conseil du deuxième vétérinaire consistant à congeler les croquettes pour tuer les acariens est absurde. Ils sont certes détruits par la congélation, mais ce sont surtout leurs excréments qui déclenchent les allergies. Paul n’a pas droit non plus aux restes (charcuterie, viande assaisonnée, etc...), car les additifs contenus dans les denrées alimentaires (qu’elles soient destinées aux humains ou aux animaux) peuvent être dangereux pour lui. Sylvia H. se félicite d’être désormais en mesure, par des moyens relativement simples, de traiter un problème complexe. Elle prend d’autant plus de plaisir à préparer les repas de Paul qu’elle constate à quel point il les aime. Avec le temps, les otites se sont espacées, son pelage désormais lustré est magnifique et son état général est bien meilleur. Il est plein de vie, joueur et apprécie de nouveau les sorties. Sa mauvaise odeur est oubliée et il ne se tord plus de douleur. Il peut maintenant rester avec ses maîtres dans la même pièce sans empester. Ce n’est plus le même chien !

Des cas similaires se présentent souvent à mon cabinet, malheureusement. Tous n’évoluent pas aussi bien que Paul, mais une nette amélioration s’observe chez chacun d’entre eux. Certains chiens sont en outre bourrés de médicaments qui endommagent encore davantage leur flore intestinale et surexcitent leur système immunitaire, si bien qu’il faut parfois faire le deuil d’une guérison complète.

 

Quels sont les traitements habituellement proposés par la suite dans la plupart des cabinets vétérinaires ? Après les tests d’allergie et les éventuelles désensibilisations (coûteuses, longues et aux effets de courte durée), la cortisone prend le plus souvent le relais, en tant que remède standard proposé par tout vétérinaire impuissant face aux allergies. Il s’agit le plus souvent d’un traitement au long cours dont on s’accommode des effets et des maladies secondaires (syndrome de Cushing, effondrement du système immunitaire) au bénéfice d’une amélioration provisoire.

 

Un vétérinaire devrait pourtant réfléchir et se demander pour quelle raison les aliments antiallergiques ne font effet qu’à court terme et pourquoi il faut sans arrêt rechercher de nouveaux ingrédients toujours plus exotiques pour échapper à des allergies toujours nouvelles. Car en recommandant sans cesse de nouveaux aliments antiallergiques, les vétérinaires déclenchent artificiellement de nouvelles allergies. Certains de ces aliments contiennent, comme toute nourriture prête à l’emploi, tellement d’ingrédients différents qu’il est impossible d’identifier des allergènes précis. Plusieurs sources de protéines végétales viennent souvent s’ajouter à une ou plusieurs sources de protéines animales, d’où l’impossibilité de déterminer les vrais coupables. Un régime d’élimination correctement suivi ne contient qu’une seule source de protéines accompagnée d’une seule variété de légume ou de glucide. Rien de plus. Et cela en aucun cas sous forme d’aliment tout prêt !

 

Sérieusement, c’est l’évidence même ! Un jour ou l’autre, quand il n’y aura plus rien pour remplacer la viande d’autruche, de cheval et de buffle, le tapioca et l’endive, on verra peut-être apparaître la truffe comme dernière surenchère dans les menus industriels. Sinon, il ne restera plus qu’un traitement au long cours à base de cortisone avec son cortège de symptômes associés. C’est malheureusement ce qui se produit d’ordinaire, selon un schéma invariable, dans tout cabinet vétérinaire standard dédié aux animaux de compagnie. Les allergies chez le chien et le chat sont de plus en plus fréquentes et le phénomène a débuté parallèlement à l’introduction de la nourriture industrielle. Lutter contre le problème avec des produits identiques ou faiblement modifiés et fabriqués selon les mêmes processus industriels ne peut à la longue que mal tourner.

 

Mais curieusement, très peu de monde s’en rend compte. Y compris parmi les vétérinaires coresponsables, trop occupés qu’ils sont à promouvoir leurs coûteux aliments de régime à des maîtres invités à persévérer à grand renfort de médicaments générateurs de maladies.

 

Je n’insinue pas que tous mes confrères se comportent de la sorte à dessein. Mais certains sont parfaitement au courant et agissent par simple calcul. Il y a quelque temps, j’ai rencontré par hasard un confrère qui est à la tête de l’un des cabinets réalisant l’un des plus gros chiffres d’affaires d’Autriche en ce qui concerne la vente d’aliments pour animaux. Quand je lui ai demandé s’il savait ce qu’il faisait et ce que finit par provoquer la nourriture industrielle chez les chiens et les chats qui nous sont confiés, il m’a répondu qu’il le savait pertinemment, mais que l’influence des croquettes sur son chiffre d’affaires était tellement énorme qu’il ne pouvait ni ne voulait y renoncer. Bon nombre de confrères d’un certain âge sont bien conscients du problème ou commencent au moins à réaliser que la nourriture a peut-être un lien non négligeable avec l’augmentation constante des cas d’allergie. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls en hausse, puisque l’augmentation concerne aussi des maladies qu’on ne rencontrait pas dans de telles proportions auparavant.

 

En cas d’allergie grave, certains confrères sont assez raisonnables pour commencer par écarter l’aliment tout prêt, avant de mettre en place un régime d’élimination à base de nourriture préparée à la maison. Mais -allez savoir pourquoi ! - ils ne s’opposent pas au retour à la nourriture toute prête, dès que l’animal finit enfin par aller mieux. La confiance accordée à cette nourriture semble limitée, mais mercantilisme et commodité l’emportent. L’expérience montre que l’état de santé de l’animal, lui, est sans issue. Tant que le mal n’est pas pris à la racine - et le mal est ici, comme souvent, une nourriture exclusivement à base d’aliments tout prêts -, le phénomène allergique reste incontrôlable. Et tout le monde y gagne : les vétérinaires comme l’industrie des médicaments et des croquettes. Nos pauvres chiens et chats, eux, en font les frais.

 

Quelle est l’alternative ? Une nourriture crue biologiquement appropriée ? Dans ce cas, seul y gagne le boucher, ou mieux encore le paysan bio qui abat encore lui-même ses bêtes et doit payer cher pour l’élimination de ses déchets de viande. Cette filière peinera à trouver des aides. Elle ne sera soutenue ni par les vétérinaires, ni par l’industrie pharmaceutique et encore moins par l’industrie des aliments pour animaux, car sa mise en place irait de pair avec une chute des recettes, notamment de celles issues de la vente des chères croquettes de régime !

 

Après plus de trente ans d’expérience et de fausses pistes en détours (oui, moi aussi, j’ai vendu autrefois des aliments de régime, convaincue de leur pertinence et de leur nécessité), l’ébauche de solution toute simple à laquelle je suis parvenue consiste à donner à nos chiens et à nos chats une nourriture crue biologiquement appropriée. Les résultats me donnent raison et prouvent que c’est la meilleure. Il n’existe malheureusement pas de séries de tests comparant aliments de régime tout prêts et alimentation naturelle. Seules sont réalisées des études comparatives confrontant différents produits industriels. Qui d’ailleurs pourrait bien financer ces séries de tests ? Obtenir un résultat qui va à l’encontre de leurs intérêts économiques ne serait nullement profitable aux participants. Il n’en va pas autrement en médecine humaine. Les tests portent toujours sur les produits de différentes firmes pharmaceutiques. De bons produits, souvent plus simples, plus sains et moins chers, mais non brevetables, ne bénéficient jamais de la moindre série de tests.

 

Combien ai-je vu de chiens dont le pelage se modifiait visiblement en peu de temps grâce à un simple changement de nourriture et que je reconnaissais à peine, qu’il s’agisse de leur odeur ou de leur vitalité. Chez les chiens à poil long en particulier, un désordre métabolique se remarque immédiatement par des modifications du pelage et de la peau. Un chien nourri avec de la viande crue a une tout autre allure, son odeur aussi est bien différente. Cela saute aux yeux de tout observateur attentif. Seulement, comme trop peu de maîtres nourrissent leur chien d’une manière appropriée à son espèce et que tous les chiens ou presque ont le pelage hirsute et sans éclat, on le remarque moins. Demandez un jour au propriétaire d’un chien au poil terne et à l’odeur repoussante ce qu’il lui donne à manger. Vous obtiendrez toujours la même réponse : de la nourriture toute prête. Essayez, vous verrez !

 

Je me souviens encore du lancement dans les années soixante-dix de Chappi ou de Pedigree Pal, premières boîtes de conserve pour chien, les plus connues à l’époque. Leur effet fut radical. Les chiens qui en mangeaient avaient l’air sale, dégageaient une odeur infecte et déposaient au milieu du paysage d’énormes crottes de couleur rouge. Il ressortait la même quantité que celle qui avait été donnée ou presque. Ces marques d’aliments en boîte étaient alors et continuent d’être grosso modo les produits les plus médiocres du marché. Il est évident que seuls les chiens les plus résistants supportent cette pitance sans tomber malades. Entretemps sont apparus de nombreux produits, qui certes relèvent le niveau quant aux matières premières, mais n’en restent pas moins des produits tout prêts avec tous leurs inconvénients.

 

Permettez-moi de vous livrer dans les paragraphes qui suivent quelques-unes des questions posées par les propriétaires désespérés d’animaux soufrant d’allergies sur un grand forum Internet allemand dédié aux chiens.

 

À propos de Susie, West Highland white terrier femelle de cinq ans, stérilisée :

 

Nous soignons depuis deux ans sans succès une allergie chez notre West Highland white terrier. Après de nombreuses tentatives de traitement (aliments de régime, autohémothérapie 1 bains médicinaux quasi quotidiens, antibiotiques, etc...), notre vétérinaire est lui-même à court de solutions. Les maux sont les suivants : pustules suintantes et en partie purulentes sur tout le corps, large croûte foncée, peau très rouge. Sans prise de cortisone, notre chien ne serait plus là.

 

Réponse de l’équipe vétérinaire :

 

Votre demande ne permet malheureusement pas de savoir de quelle manière a été posé le diagnostic d’allergie ni quels examens ont été réalisés jusqu’à aujourd’hui. Une allergie alimentaire ne peut être identifiée qu’au moyen d’un régime d’élimination exclusif résolument suivi au minimum pendant six semaines. Pour détecter un allergène inhalé provoquant une réaction allergique dans le cadre de ce que l’on appelle l’atopie (allergie sans cause identifiable), la recherche peut passer par un test sanguin ou de préférence par un test cutané intradermique. Si un allergène responsable est détecté mais qu’il est impossible de l’éviter (acarien de poussière, par exemple), la solution consiste à entreprendre ce qu’on appelle une désensibilisation. Au cours de ce traitement, on injecte des doses croissantes de l’allergène responsable sous la peau du chien, afin d’obtenir une accoutumance de l’organisme.

 

Chez le Westi, une sorte de levure (Malassezia) s’installe sur la peau déjà affectée, ce qui provoque une aggravation nécessitant à son tour un traitement spécial. Une biopsie de la peau peut donner de plus amples renseignements sur la cause de la maladie. S’il est impossible de poser un diagnostic clair, alors aucun traitement ciblé n’est envisageable et il ne reste plus que le traitement symptomatique.

 

À propos de Wotan, berger allemand mâle, âgé de quatre mois, allergique aux acariens de poussière et de stockage, nourri au Royal Canin Junior pour berger allemand, sous cortisone :

 

Bonjour,

 

Notre chien à une allergie aux acariens de poussière et de stockage diagnostiquée par un test sanguin. Pour supprimer les démangeaisons, nous sommes obligés de lui donner des comprimés de cortisone, ce qui, évidemment, est très mauvais pour un chiot. Mais nous n’avons pas trouvé d’autre solution jusqu’à présent. Nous mettons les croquettes à ramollir dans de l’eau et nous lui donnons une fois par jour un peu d’huile de carthame. Sinon, c’est un petit bout de chien plein de vie. Que pouvons-nous lui donner de plus contre les démangeaisons ?

 

La réponse de l’équipe vétérinaire est pour l’essentiel identique à celle fournie pour le premier cas, si ce n’est la recommandation de passer fréquemment l’aspirateur à filtre spécial parallèlement à la désensibilisation et de consulter un spécialiste des maladies de peau.

 

À propos de Toby, Golden Retriever mâle de sept ans, castré. Antécédents : troubles de la prostate. Nourriture : Bosch Active.

 

Aussitôt après avoir mangé, notre chien a des démangeaisons, il se roule sur son tapis, se gratte la mâchoire et tout le long des pattes. Il est actif et en liberté trois à quatre heures par jour.

 

L’équipe vétérinaire conseille d’essayer différentes marques d’aliments hypoallergéniques généralement recommandées (toutes sous forme de croquettes).

 

À propos de Mr. Spock, chien croisé mâle, six ans. Nourriture : Royal Canin antiallergique.

 

Depuis environ un an, Spocky est en traitement presque toutes les semaines. Le test d’allergie est positif à la viande de bœuf, à l’agneau, au poulet, à la dinde, au soja, à l’orge, au riz, au mais et au lait de vache (tous classe 5 sur une échelle de 6 classant les niveaux d’allergénicité). Il a de très fortes démangeaisons, des pustules sèches sur tout le corps, des plaques rouges de la taille d’une pièce de deux euros sur la face interne des cuisses et disséminées sur le ventre, ainsi qu ’une importante desquamation. Notre chien perd ses poils, sent fort et il est très agité. Chiot déjà, il lui est arrivé de se gratter de manière impressionnante et de ramper sur le dos sur le tapis... Aussitôt après le résultat des tests d’allergie, je lui ai donné l’aliment recommandé par la vétérinaire. Nous ne lui avons rien donné d’autre depuis trois mois. Aucun succès. Nous ne lui donnons le bain qu ’avec un shampoing spécial. Nous lui avons aussi fait prendre des comprimés d’Atopica. Nous avons arrêté avec l’accord de la vétérinaire, car les manifestations empiraient. Spocky reprend maintenant du Cefazic 600 mg (qui a assez souvent fait effet sur lui). Un nouveau test d’allergie aux herbacées a été réalisé et s’est avéré négatif. La vétérinaire a considéré que seule l’autohémothérapie pouvait encore être tentée et qu’en cas d’échec, il ne restait plus que la cortisone. Le traitement à base de cortisone fonctionne-t-il toujours et quels sont ses effets secondaires ? Étant donné que l’aliment antiallergique ne donne rien, faut-il que je le remplace par Nova Foods (poisson et pomme de terre), ou bien peut-il être utile que je prépare moi-même la nourriture ? Que dois-je faire pour rendre la vie de Spocky supportable ? Je n ’ai pas regardé à la dépense et aucun effort ne m ’a fait reculer, sans succès jusqu ’à présent. C ’est vraiment épuisant.

 

Réponse de l’équipe vétérinaire :

 

Vous pouvez tout à fait commencer par préparer la nourriture vous-même, le régime hypoallergénique classique se composant de viande de cheval accompagnée de pommes de terre. Une amélioration devrait intervenir en quelques jours. Si vous ne souhaitez pas tout préparer vous-même, vous pouvez passer ensuite ou des maintenant à Nova Foods...

 

Mon commentaire :

 

Qu’est-ce que cela signifie ? L’équipe vétérinaire est visiblement perdue. Commencer par conseiller de préparer la nourriture, ce qui est juste en effet, et recommander dans le même temps un aliment tout prêt... Les confrères ne semblent avoir aucune conscience de l’absurdité de leur proposition. Si un chien est allergique aux aliments tout prêts, je ne peux pas me contenter de changer de marque ! Sinon, il ne reste plus que la cortisone. Dans le cas présent, Spocky a pris des médicaments qui atténuent les réactions de son système immunitaire (Atopica est utilisé lors des transplantations d’organes pour empêcher le rejet), puis des antibiotiques (Cefazid). Le fait que son système immunitaire, trop sollicité depuis des années déjà, s’effondre, n’est qu’une conséquence logique.

 

Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est pourquoi certains vétérinaires recommandent bien de préparer soi-même la nourriture - ils ne se fient, semble-t-il, pas tant que cela aux différents aliments antiallergiques -, mais pour repasser ensuite aux bonnes vielles croquettes, une fois le succès obtenu. Conseiller de préparer les repas en choisissant une seule source de protéines est juste et permet de détecter progressivement quelles allergies sont présentes. Mais n’oublions pas que certaines allergies, à la viande de bœuf par exemple, ne sont souvent présentes que lorsque cette viande a été l’objet d’une transformation industrielle et ne concerne pas la nourriture fraîche préparée chez soi. En cas de retour aux croquettes, avec leur viande de bœuf transformée industriellement, c’est reparti pour la même galère. Impossible également, en s’y prenant de cette façon, de maîtriser les allergies liées aux divers additifs présents dans les aliments tout prêts.

 

Et que devient notre Paul ? Il restera sensible à vie. Alors qu’un chien en bonne santé tolère de temps à autre une portion d’aliments tout prêts, quand ses propriétaires sont en vacances ou qu’il n’y a plus de viande, Paul lui réagit immédiatement. Sylvia H. en est bien consciente, si bien qu’elle veille scrupuleusement à ce que son chien ne mange rien qui ait subi une quelconque transformation industrielle, ce qui exclut par exemple toute charcuterie. Depuis qu’elle respecte ces précautions, Paul va très bien.

 

Face à ce type de tableau clinique complexe, nous vétérinaires, devrions si possible travailler de manière globale, avoir une démarche explicative et informative envers les propriétaires et nous abstenir d’avoir recours à un nouveau traitement chimique chaque fois qu’un nouveau symptôme apparaît. Des médicaments toujours nouveaux et des variétés d’aliments toujours plus saugrenues ne sont sûrement pas la solution.

 

Et s’il vous plaît, ne touchez pas aux aliments de régime !

 

Voici pour clore ce chapitre le récit de Madame P. à propos du parcours médical de sa chienne bergère, Luna :

 

Luna, un chiot de type berger, est arrivée il y a trois ans et demi dans notre famille. Luna est devenue une chienne très active et un membre de la famille très affectueux. A l’âge de deux ans et demi, nous avons découvert une zone enflammée et suintante sur sa patte arrière. Mon vétérinaire de l’époque a pensé qu’il pouvait s’agir d’une allergie. Il fallait que je change la garniture de son panier et que je passe une pommade sur la zone touchée. Aucune amélioration à la clé, bien au contraire. Luna a commencé à se gratter le ventre sans arrêt et a perdu beaucoup de poil. C ’est alors que j’ai découvert que le poil de son abdomen était en train de tomber complètement et que la peau de cette zone devenait toute noire. De nouvelles zones enflammées sont apparues sur la face interne des pattes avant et arrière. Le vétérinaire m’a expliqué qu’il s’agissait d’une grave allergie.

 

A mes questions visant à identifier les causes possibles, il me dit que cela pouvait être dû à beaucoup de choses, que les problèmes ne faisaient que commencer et que seul un traitement à base de cortisone pourrait la soulager. Il fit donc à Luna une piqûre de cortisone et prescrivit des comprimés. Les inflammations régressèrent et une amélioration au niveau de la peau du ventre fut visible. A cause de la cortisone, Luna avait très faim et très soif, ce qui entraîna une prise de poids sensible.

 

Au bout de quatre semaines environ, elle recommença à se gratter et deux zones très enflammées sont apparues sur son corps. Son pelage devint terne et sa peau desquamait beaucoup. Mon vétérinaire m ’expliqua alors que Luna avait développé en plus une infection bactérienne, ce qui est fréquent en cas d’allergie, la peau étant très fragile. Il s’est abstenu de me dire que la cortisone elle-même rend la peau très sèche et fragile. Luna prit alors un antibiotique puissant tout en continuant les comprimés de cortisone. Je demandai à nouveau si une autre solution était envisageable sans obtenir de réponse utile. Les jours qui suivirent, l’état de Luna ne s’améliora guère. Du fait de sa peau sèche, elle se grattait beaucoup et ses poils tombaient énormément. Je me dis que ça ne pouvait pas continuer comme ça. Les médicaments ne faisaient qu’aggraver l’état de mon chien. C’est alors que j’ai appelé l’éleveuse de Luna au téléphone qui m’a conseillé daller voir le docteur Ziegler. Je l’ai appelée le jour même et lui ai décrit les antécédents de Luna. Le docteur m ’a demandé ce que je lui donnais à manger. Un aliment tout prêt, toujours le même, ai-je répondu. Le docteur Ziegler m’a expliqué que dans plus de quatre-vingts pour cent des cas d’allergie, la nourriture est la cause principale et que de nombreux chiens développent des réactions allergiques à des aliments pour chiens ordinaires. Il fallait donc commencer par assainir l’intestin, puis changer de nourriture.

 

J’ai d’abord donné à Luna pendant trois jours uniquement du yaourt à lactobacilles vivants (ferments lactiques). Puis je l’ai emmenée chez le docteur Ziegler. Elle m ’a expliqué que la cortisone avait contribué à beaucoup dessécher sa peau et qu’il fallait passer à une nourriture crue. C’était tout nouveau pour moi puisqu’on entend toujours que la viande crue rend les chiens agressifs.

 

L’enthousiasme et la compétence du docteur Ziegler m’ont cependant convaincue de me tourner vers cette nourriture et je suis repartie avec un programme alimentaire pour Luna : légumes vapeur ou réduits en menus morceaux, viande crue, panses, os, yaourt. Je me suis mise à la recherche d’un boucher proche de mon domicile chez qui me procurer parures de viande, panses, abats et os. Puis j’ai immédiatement commencé à donner à Luna la nourriture prévue.

 

Le matin à jeun, il y avait une coupelle de yaourt additionné d’un peu d’argile, d’herbes séchées, de compote de cynorrhodon et de deux cuillères à soupe d’huile de poisson. Plus tard, c’était l’heure de la viande ou des abats accompagnés de légumes mixés. Le soir, Luna mangeait un os charnu, de la panse ou de la gorge.

 

Luna a tout de suite accepté cette nourriture, elle faisait craquer les os et engloutissait les panses, les gorges et les morceaux d’organes entiers. En quinze jours, elle se grattait déjà beaucoup moins. Quelque temps plus tard, son pelage aussi devint plus beau et les poils de son ventre commencèrent lentement à repousser. J’étais très heureuse des progrès et pris beaucoup de plaisir à me procurer de la bonne viande pour mon chien, ainsi qu’à constater avec quelle joie et quelle persévérance Luna venait à bout d’un gros os.

 

Au bout de cinq semaines environ, Luna fit une rechute.

 

Elle recommença à se gratter beaucoup, des zones enflammées réapparurent et elle perdit de nouveau son poil. Le docteur Ziegler m ’expliqua qu ’une telle rechute n ’avait rien d’inhabituel. Il me fallait désormais entreprendre un régime d’élimination, c’est-à-dire changer de type de viande toutes les six semaines, afin de déterminer quelle viande Luna supportait bien. Je commençai donc, six semaines durant, à ne lui donner que des morceaux de bœuf, puis je passai à la volaille. Les démangeaisons se calmèrent et l’aspect de son pelage s’améliora progressivement. Quand je suis passée à la viande de porc, Luna a recommencé à se gratter vigoureusement deux jours plus tard. J’ai immédiatement arrêté. J’ai mis Luna à la diète à base de yaourt pendant trois jours, puis j’ai repris les repas, à base de volaille cette fois. En ce moment, Luna mange de la viande de mouton qu’elle aime beaucoup et qui lui réussit bien.

 

Aujourd’hui, six mois environ ont passé et le ventre de Luna a retrouvé son pelage, les plaques noires et les zones enflammées ont disparu, et surtout elle ne se gratte presque plus. Elle digère dorénavant sans problèmes (auparavant, elle avait souvent la diarrhée) et son pelage est reluisant. Elle a même retrouvé sa silhouette sportive. Grâce à cette nourriture à base de viande, de matières grasses, de fruits et de légumes, j’ai retrouvé un chien en parfaite santé, équilibré et vif. Et cela sans le moindre médicament.

 

Par ce récit, je souhaite remercier très sincèrement le docteur Ziegler pour son suivi plein de sollicitude et pour son soutien permanent face à mes hésitations initiales notamment, lorsqu’il s’est agi de passer à une autre nourriture pour Luna.

 

JUTTA ZLEGLER, Hallein près de Salzbourg, janvier 2011


22/04/2017
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