A petaouchnoc

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Pot de Pus, légionnaire à Madagascar

 

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     L'auteur retrace les aventures d’un légionnaire dans un cadre politique précis. L’habileté de l’écrivain à épouser, comprendre et se révolter de ce statut de « soldat très spécial » est l’occasion pour lui d’offrir quelques grandes pages de littérature. A noter une bibliographie et une documentation de premier ordre qui cisèle le contexte et donne un sentiment riche qui mêle le récit, la biographie et l’essai.

 

    « Pot de Pus » est une démarche à travers Madagascar, île de beauté et de contrastes, à la faune et à la flore inégalées: l’esclavage et les religions ; les royautés et le colonialisme barbare; l’insurrection, la répression, l'indépendance.

 

     "Pot de Pus" est un roman d’aventures, des vies coups de poing, des pages de pus, mais aussi des passions.

 

  

  

 

Lien de vente en papier broché et numérique

 

 

 

Copyright © 2013 Patrick Letellier

Tous droits réservés

 

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ISBN : 979-10-93664-00-2

 

 

 Dédicace

 

 

Je dédie ce livre à mon frère Philippe, ancien légionnaire au 2e R.E.P qui a sauté sur Kolwezi ; et à mon neveu Cédric. Mais aussi, à mes amis anciens légionnaires : Daniel Aucouturier : alias Denis Allard ; Michel Thouzeau : alias Michel Thareau ; Robert Lefevbre, alias Roger Lemaire ; Marcel ; Jean – Pierre Aubry ; Pépé Moralés ; Francis ; Voisin et Bamer, leurs vrais noms, l’un assassiné au quartier des punis, l’autre, mort en parachute, et tous ceux dont j’ai oublié les noms. Ainsi qu’à mes amis écrivains qui m’ont lus et commentés : Alphonse Boudard, qui n’est plus parmi nous à l’heure où j’édite ; Francis Fehr ; Thierry Bayle ; Laurence Labbé ; Mickael Guichaoua, historien, qui m’a conseillé dans mes explications sur l’Empire Ottoman, et Patricia Epstein.

 

 

 

 

La colonisation de Madagascar s’est effectuée dans l’immonde.

Jamais nous n’avions vu de semblables tueries.

 

 

L’être humain est le seul animal qui tue et torture pour le plaisir !

 

 

 

LE CIEL EN ENFER-- 1

Dédicace- 4

L’arnaque- 12

Le bas Fort Saint-Nicolas- 18

L’instruction- 24

Croix de fer à dix-huit ans- 34

Le Néron Malgache- 39

Il boxe et tue son beau frère- 43

Un lémurien voleur 47

La légende du lac sacré- 49

Tirs aux mortiers- 55

Une rivière d’or 59

Boutique mon cul 68

Incorporé de force dans la S.S- 77

La terrible colonisation- 96

Les Chinois assassinent 109

Le requin- 114

Le mercenaire- 121

Un ancien bagne- 129

La pirogue se brise sur les rochers- 134

La nuit des chiens volants- 144

Des squelettes dans la falaise- 149

Le trésor de Libertalia- 155

Fémurs et tibias- 163

Tam-tam téléphone- 167

Le cachot 173

Deuxième Partie- 176

Camerone et la main de bois- 176

Le bronx- 181

La voleuse- 185

Des squelettes à la maison- 189

Au pouf, le bordel de la légion- 198

Assassinat de Boisin- 219

Bamer se crache en parachute- 230

Libéré- 233

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Première Partie

Chapitre 1

 

 

 

– Avance, cadavre, avance...

 

Ployé sous une charge de vingt kilos, meurtri par le harnais de la plaque de base, j’escaladais les contreforts de la montagne des Français, un vieux massif volcanique au Nord Est de Madagascar, à la tête de mon groupe.

 

Mon groupe ? Quatre Légionnaires éreintés, abrutis de fatigue, écrasés par les éléments du mortier de 81 qu’ils portaient sur le dos.

 

Nous marchions tant mal que bien dans les rochers escarpés, depuis si longtemps que nous avions perdu la notion du temps, de l’espace, du réel.

 

Je marchais plié en deux, tête basse, la main sur le foie, pressant un horrible point de coté...

 

– Avance cadavre, avance encore, avance putain de merde...

 

Malgré la fatigue, malgré la chaleur, torride‚ malgré la douleur, nous devions crapahuter, crapahuter et crapahuter encore... Et lutter sans cesse pour que le matériel et les sacs ne nous fassent pas rouler dans les cailloux en contre bas, dans une anfractuosité à gueule de diable.

 

Chaque pas constituait une victoire, sur l’épuisement, sur la montagne, sur la bêtise... Une victoire soutenue par un orgueil imbécile, un esprit d’émulation stupide, propre à la Légion, qui nous contraignait à souffrir en silence jusqu’à l’extrême limite. Objectif de notre mission : Ambilobé, non loin du Lac sacré‚ dans une nature vierge, inexplorée, un décor de rêve, épargné par les pots de colle catapultés par les ogres du tourisme.

 

Nous marchions à la manière d’automates dont on aurait oublié de graisser les rouages. Et comme tous les marcheurs fourbus dans une nature hostile, je radotais d’une voix pâteuse, inaudible, pour m´insuffler de l’énergie.

 

– Traîne pas les pieds, cadavre ; encore un pas, un autre, un autre encore ; avance charogne.

 

Les épineux nous fouettaient le visage. Les rochers écorchaient nos genoux. Les sentiers se faisaient arides. Une douleur aiguë me transperça l’épaule : un anthrax qui s’était formé sur l’omoplate choisit ce moment pour crever sous la courroie de la plaque de base qui me sciait l’épaule. La brûlure irradiait mes tempes ; elle la serrait dans un étau.

 

– Que j’ai mal, pourquoi ai-je si mal ? Avance ! Avance cadavre... Qu’ai-je fait pour souffrir autant ? Encore un pas... Sommes-nous encore loin ? Putain de Légion ! Légion de merde ! Pot de pus...

 

Raidies par l’effort, mes jambes se paralysaient, alourdies par la charge de l’armement et du sac.  Chaque pas ponctuait la révolte, la haine. Mordus par les ampoules – chauffées à blanc dans la toile serrée des pataugas – mes pieds traçaient des sillons dans la latérite. Les autres, loin derrière, tout autant peinaient.

 

– Avance, marche, crève, mais avance...

 

Mon regard fou, halluciné de souffrance, ne distinguait plus le paysage pourtant grandiose qui m’entourait.

 

– Fumiers !

 

Fumiers qui ? Pas la moindre idée. Mais fumiers quand même. Mon battait la chamade. Tête rejetée en arrière, un rictus grimaçant sur les lèvres, je crachais l’écume en tentant de happer un peu d’air frais du matin. Une pensée idiote me fit me comparer à un cheval monté par un jockey sadique, vivant les affres d’une course sous les hourras des parieurs.

 

– Putain d’Légion...

 

Mon entraîneur jouissait-il au moins ? Et les parieurs ? J’aurais voulu les connaître. Leur trancher la gorge avec les dents, leur plonger une cuillère à café dans les yeux, les énucléer…

 

– Venez salopards. Vous et moi sur une île déserte on verra celui qui mange l’autre.

 

J’essuyais la mousse blanchâtre qui s’écoulait de mes lèvres avec mon chapeau, informe chiffon oublié dans ma main, qui se balançait au hasard de mes mouvements désordonnés...

 

– Mais qu’est ce que je fous dans cette galère ? Pourquoi ai-je préféré l’exil et les privations à la douceur du foyer ? J’étais heureux à la maison, chez les miens ! Avance bougre de con, marche maintenant !

 

 

Chapitre 2

L’arnaque

 

 

 

Une trousse de toilette, quelques vêtements, et je me représentais au bureau de recrutement de la Légion étrangère au fort de Nogent-sur-Marne. La semaine précédente mes dix-huit ans firent sourire le sergent recruteur :

 

– Avez-vous une autorisation parentale ?

 

Parti sans le dire à mes parents, c’est dur pour l’ego d’un gosse de se faire renvoyer au bercail comme un morveux.

 

Je serrais dans ma main la précieuse autorisation dûment légalisée par la mairie...

 

Pas facile de l’obtenir cette autorisation. Oh, ni cris ni scène. Non ! Mais les sanglots silencieux d’une mère ; le mutisme d’un père effondré ; et l’interrogation muette dans les yeux d’un frère, trop jeune pour comprendre cette soirée familiale catastrophe.

 

Malheureux, chez les miens ? Non ! Une famille désunie, violente, misérable ? Non ! Un foyer normalement banal, uni. Rien à priori ne justifiait ce départ pour devenir képi blanc.

 

Et comment les miens pouvaient-ils penser que je fuyais la prison, une histoire de gosses qui me fit mettre entre les pattes de la maison "si je t’arpogne, je te relâche plus" de ma banlieue…

 

Mes neurones se bousculaient grave, difficile d’accepter le désespoir infligé a mes parents, de choisir entre eux et moi, sans espoir de recul.

 

– Jamais je ne signerai ! La Légion ? Mais enfin, il y d’autres armes que la Légion ! C’est un ramassis de têtes brûlées. Tu veux partir vivre ta vie ? A ton âge c’est normal. Ta mère et moi le comprenons. Mais pourquoi choisir la Légion ? Dans la Marine tu apprendrais un vrai métier et tu verrais aussi du pays. Et la Marine c’est tout de même autre chose.

 

– J’y suis allé papa. Mais ils demandent trois mois d’attente.

 

– Trois mois ? Mais qu’est ce que c’est que trois mois, à ton âge ? Trois mois, c’est demain.

 

Comment pouvais-je leur expliquer que je devais partir rapidement, tout de suite…

 

– C’est trop long, Papa. C’est maintenant que je veux partir. J’ai pris ma décision. J’ai dit au revoir à tout le monde. Je pars.

 

Mon père, avec forte voix :

 

– A dix-huit ans tu es mineur ! Et tu dépends encore de moi.

 

– Je le sais que je suis mineur. Mais si vous m’en empêchez, je jette un pavé dans la vitrine du bijoutier. Je veux m’engager à la Légion. Maintenant.

 

– Tu fais une bêtise mon fils et tu le regretteras. Rappelle-toi bien ces paroles.

 

Ma mère pleurait. Son monde basculait. Mais comment leurs expliquer cette invitation chez un camarade qui m’entraînait dans une spirale infernale, avec au bout un choix démoniaque…

 

Que pouvais-je dire pour leur éviter de souffrir ? Que j’avais commis sans le vouloir un chapardage qui avait mal fini, le soir où ils m’avaient permis d’aller manger la galette des rois chez mon ami jean et sa mère.

 

Une triste histoire : après le repas, mes amis me disent qu’ils n’ont plus ni alcool ni cigarette pour continuer la nuit ; et me proposent d’aller en chercher chez leur grand-mère qui tient un Café Épicerie à Boucqueval, un petit village en Banlieue Nord, distant de 8 kilomètres de leur domicile.

 

Il est tard et la nuit noire. La grand-mère dormait. Nous passons sous la maison par un souterrain secret, vieux de Philippe le Bel, qui rejoint la cave. Nous prenons trois bouteilles de Whisky et montons dans le café par un escalier fermé par une très lourde trappe. Le chien nous fait la fête. Sans bruit, nous chapardons deux cartouches de cigarettes et repartons sans pouvoir refermer la trappe. L’inclinaison de l’escalier ne nous le permet pas.

 

Au matin, la grand-mère qui désire allumer la lumière tombe dans la cave et se brise les deux jambes. L’histoire s’enchaîne. Le père de Jean, séparé de sa femme, inspecteur de police, mène l’enquête. Le chien de berger n`a pas aboyé. Jean avoue. Il n’y eut pas de suite, mais tous les deux devons nous engager : Jean fut pistonné chez les pompiers de Paris et moi,…

 

Mes parents souffraient, mais je ne pouvais plus reculer. Et je ne voulais pas suivre leur exemple : une petite vie tranquille devant une télévision morne, mais tranquille, dans un petit village tranquille. Une vie de sardine en boîte.

 

Je refusais cette vie tranquille, pour mourir tranquille, dans le moule de la douteuse morale anti-chrétienne.

 

– Mais ton apprentissage ?

 

Pour rien au monde je ne voulais devenir un boucher tranquille : levé à l’aube ; des heures interminables debout devant le billot ; les lourdes daubières de viande à porter dans le camion du marché ; l’attente dans le froid glacé de l’hiver derrière l’étal, fini pour moi…

 

Mieux valait pour un temps ne plus y penser et pour l’heure faire un trait sur le passé.

 

Durement, presque féroce :

 

– Votre âge ?

 

Le sergent recruteur, Allemand d’origine, grand de taille, large d’épaules, cheveux ras, aux yeux bleus fixes et durs, se glandait de mes états d’âmes.

 

– Dix-huit ans monsieur.

 

– Ici les contrats sont de cinq ans minimum.

 

– Je sais monsieur.

 

– Comme ça, jeune homme, vous désirez entrer dans notre grande famille ?

 

– Oui monsieur...

 

– En voilà une chose qu’elle est bonne. Alors autant que tu prennes l’habitude des galons. Tu m’appelles sergent, compris ?

 

– Oui monsieur.

 

– Sergent ! me dit-il sèchement.

 

– Oui sergent...

 

– Très bien.

 

Du haut de mon mètre quatre-vingt-six et mes soixante-quinze kilos, pas question de me rebiffer comme je le faisais a la maison. D’autant que le sergent en question, bardé de guili-guili bringuebalants sur une poitrine de camionneur, me rendait facilement quarante kilos. Une paille...

 

– Donc tu t’appelles Laurent Lembrun, né à Dunkerque en 1949...

– Oui mon... sergent.

 

Son doigt couru sur un épais registre :

 

– Nous disons donc L.L.., L.L.... Bon... Tu t’appelles maintenant Louis Linard. Tu es né à Monaco le 28 mars 1948 de parents inconnus. Tu vois, tu gardes tes initiales.

 

– Oui sergent.

 

Le vaillant défenseur de l’Occident prolixe :

 

– Louis Linard ... tu fais revivre un nom glorieux. Un Légionnaire mort au champ d’honneur en Indochine. J’espère que tu t’en montreras digne.

 

Sa tirade fut subitement coupée par la sonnerie du téléphone.

 

– Poste de garde de Nogent, sergent Stein à l’appareil a vos ordres...

 

L’amplificateur de son ne semblait pas le déranger. Au bout de la ligne, une voix timide, fragile, prête à se rompre...

 

– S’il vous plaît Monsieur, je voudrais savoir, pouvez-vous me dire si mon mari monsieur Léonard Cavestron, c’est engagé chez vous ?

 

Le sergent, imperturbable :

 

– Léonard Cavestron ?

 

– Oui monsieur...

 

Hilare tout d’un coup, le sergent me fit un clin d’œil, chiffonna un papier, tira et poussa plusieurs tiroirs, feuilleta bruyamment un gros dictionnaire, extirpa de sous son bureau une canette de bière dont il but une large lampée, s’éclaircit la voix et, reprenant le combiné :

 

– Allô Madame ?

 

– Oui.

 

– Désolé il n’y a pas de Cavestron chez nous. Connaissez-vous son nom d’emprunt ?

 

– Non monsieur. La voix‚ de plus en plus faible se mua en sanglots.

 

– Alors, je ne peux rien pour vous.

 

– Merci monsieur.

 

– A votre service, Madame.

 

Raccrochant, satisfait :

 

– Enlevé c’est pesé. Comme tu vois ici on ne donne pas de renseignement. On n’est pas des flics.

 

Faux. Cet anonymat permet à l’armée de vous dénigrer une pension d’invalidité quand vous réintégrez la vie civile avec votre vrai nom ; et si vous mourez, les vôtres ne percevront rien, car vous n’existez pas. Tandis qu’un Général peut avoisiner le million d’euros pour une infirmité à définir, comme un simple lieutenant percevoir trois cent mille euros l’an, pour une petite balafre au front, comme l’a dénoncé un journal satyrique.

 

Au tribunal, plusieurs années plus tard :

 

– Monsieur, vous demandez une pension d’invalidité pour votre accident de parachute et pour votre perte de l’audition à cause des tirs mortiers.

 

– Oui Monsieur le Président. J’ai les tendons de l’épaule gauche déchirés, ils ne se sont jamais remis ; des acouphènes chroniques avec névralgie faciale ; et une perte de l’audition importante des deux oreilles.

 

Et s’adressant a la salle d’un air joyeux :

 

– Autant dire que vous êtes à l’article de la mort, à ce que je vois. Mais, dites-moi ? C’est Louis Linard qui a été accidenté. Ce n’est pas Laurent Lembrun ; et à l’armée le mortier n’existe pas, à ce que je sache. C’est interdit par la convention de Genève. Alors comment se fait-il que se soit vous qui réclamiez une pension pour des faits qui n’existent pas, subis par un autre que vous ? J’aimerais savoir. Nous sommes à la limite d’une intentionnelle escroquerie. Cela peut vous coûter cher, jeune homme !

 

– Mais Monsieur le Président, Louis Linard était mon faux nom à la Légion et quand nous réintégrons la vie civile, c’est une obligation de reprendre notre vrai nom ; ce que nous appelons : la rectification. Et à la Légion les sections mortiers se cachent derrière la fonction musique. Tous les servants de pièces mortier sont musiciens. J’ai été saxophoniste et trompettiste

 

– En effet, je lis ici que vous êtes bien déclaré comme ayant été musicien mais pour le reste vous mentez Monsieur Lembrun. Je le répète, le mortier n’existe pas dans nos armées. Et pour le parachute, à ce que je sache, vous ne vous appelez pas Louis Linard ; pas plus que vous n’êtes Monégasque, puisque vous êtes né à Dunkerque.

 

– Mais Monsieur le Président, j’ai des papiers qui prouvent mon faux nom et un tas de photos, ici, qui me montrent en servant mortier.

 

Et s’adressant à la salle :

 

– En voilà un drôle de zig. Non Monsieur Lembrun. L’utilisation de faux papiers est interdite par la loi et punissable par nos tribunaux. Et la fonction mortier n’est pas précisée dans votre livret militaire.

 

– Je le sais Monsieur le Président puisque c’est interdit par la loi.

 

Et hurlant, pour se donner raison.

 

– Maintenant vous m’ennuyez avec vos réclamations mensongères. Sortez, sinon je vous accuse d’outrage à Magistrat. Au suivant, c’est terminé pour ce plaignant.

 

Ubuesque. Alors, quand une famille réclame une pension pour son mort, mieux vaut pour elle grimper l’Everest à genoux.

 

Et jusqu’en 2011, les années passées en outre mer n’étaient pas comptabilisées dans la retraite. A l’image des tirailleurs coloniaux enrôlés de force pour mourir au combat, après des dizaines d’années passées à guerroyer sur les champs de batailles des horreurs politiques, les légionnaires se retrouvaient civils, vieux, estropiés et clochards.

 

C’était la loi de la Cristallisation de 1959. Elle perdure encore sous une autre forme ! Les années outre mer ne sont pas automatiques, il faut les réclamer. Encore un parcours du combattant, et pour recevoir la réponse et pour les percevoir.

 

Mais il est vrai qu’aucun « tout pour ma gueule et fermez la votre », ne fréquente les champs de bataille.

 

Le faux nom vous protège des recherches familiales mais non des gendarmes qui font partie de l’armée. Tous ceux qui sont recherchés font l’expérience des Beaumettes. Efficace pour éliminer les petits hors la loi internationaux. Comme le fit Napoléon III, en inventant la Légion pour intégrer les grandes compagnies de va-nu-pieds qui terrorisaient les campagnes de France et de Navarre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 3

 

       Le bas Fort Saint-Nicolas

 

 

 

 

 

 

Les deux semaines vécues dans le centre de recrutement du fort de Nogent s’écoulèrent gentilles : quelques travaux d’entretien distribués pour occuper, la télévision, et les parties d’échecs disputées contre un commandant, déserteur de l’armée de l’air Suédoise, qui bien entendu fit connaissance des Beaumettes.

 

La gamelle abondante, correcte, les croissants servis chauds le matin, l’ambiance cool, rassuraient sur l’avenir. Il est vrai que la signature fatale ne se concrétisait qu’à Marseille, et que l’on n’attrape pas les ours avec des cailloux.

 

– Shi la Légion she cha, disait volontiers un chti, ancien mineur de fond, je shigne de shuite pour quinche ans.

 

Pas de quoi pavoiser pourtant. Le trésorier payeur semblait natif d`Auvergne, né d’un père suisse et d’une mère libanaise, car la prime "d’embauche", percevable en trois fois : un tiers après six mois de présence ; un autre à trente mois de service et le solde à la libération, s’élevait au chiffre astronomique de mille quatre cent francs. (213,418 €). Sans réajustement sur le coup de la vie. Un grand nombre de moralistes aime les bonniches à ce prix. Qui vous parle d’esclavage ?

 

Ensuite, huit d’entre nous furent acheminés en train sur Marseille. L’accoutrement guerrier dont nous affubla l’armée : pantalon trop court, veste trop grande et tarte verte sur la tête, n’incitait pas à la fuite ceux qui prirent conscience de leur erreur. Dans les gares et les wagons, les voyageurs se bousculaient pour ne pas nous approcher. Nous ressemblions à des forçats. Ce que nous étions sans le savoir...

 

Le bas fort St-Nicolas de Marseille, aujourd’hui remplacé‚ par le quartier Vienot d’Aubagne, était un camp concentrationnaire qui regroupait tous les prétendants à la jobardise, nul ne pouvait quitter : une nasse appréciée des gendarmes.

 

Dans ce fort, semblable aux châteaux forts de nos manuels d’histoire, l’atmosphère bon enfant de Nogent avait disparu. A notre arrivée, un sous-officier nous dépouilla de nos bagages, pour, disait-il, qu’ils soient donnés aux libérables indigents. Et nous les échangèrent contre des paquets de Troupe. Cigarettes dégueulasses, bourrées d’ammoniaque, que l’armée offrait gracieusement aux bidasses pour les droguer, pour leur apprendre à souffler des ronds vers l’état. Leur pomper la santé, pour engraisser les labos pharmaceutiques qui siphonnent la sécurité sociale et enrichir les caisses de retraite. Inspirez, crachez, soufflez : y’a rien à voir ! Balayés avant l’âge !

 

Donnés aux indigents ? La guenille et les pacotilles, certainement ! Les beaux vêtements et les objets rares graissaient les portefeuilles en peau de crocodiles des réquisitionnaires.

 

– Drei valiches, funf cochtumes, zweulf chemiches, zwei chauchures, petite linche de corps, da, she donne pour toi cinq paquets de tzigarettes. Correcte ? Dou contente, hein ? Meuglait l’adipeux sergent Allemand du magasin en son français typiquement légion.

 

Mais si le nouveau n’étalait pas un sourire de japonais.

 

– Was dou ? Nicht contente dou ?

 

Ou s’il persistait à montrer un regard ahuri.

 

– Dou réglamer ? Dou communiste ? S’étranglait cette fois le "Boulon" au visage violacé de colère. Corroboration de la philosophie de l’encadrement qui clamait à tout instant que nous entrions à la Légion comme des lions mais que nous en sortirions comme des moutons. Oui, tondus !

 

Ce système de mise à poil, cher aux proxénètes qui, sous des prétextes fallacieux, obligent leur nouvelle conquête à cesser leur travail et à fuir l’environnement familial et social, pour la dépendance qu’elle génère, nous rendaient corvéables et taillables à merci. Esclaves sans cesse employés à l’entretien des bâtiments, aux tâches ménagères : corvée de peluche, nettoyage des réfectoires, des dortoirs, des bureaux, gratuitement, pour le plus grand confort des gradés. Ou la Légion des soubrettes.

 

Le soir, nous rompions la monotonie de l’existence en d’interminables parties de poker, d’échecs ou de tarots, entrecoupées de bagarres qui éclataient pour un rien. Prévalait toujours la loi du plus fort.

 

Pendant cette période préparatoire à l’instruction, la Légion entretenait une psychose du rejet savamment dosée. Déchirés entre le désir de fuir, la nuit, le long d’un drap jeté du haut de la muraille et l’idiote fierté d’intégrer un mythe, le complexe de Stockholm nous tétanisait. Et pour empêcher les libérables de briser le miroir, les gradés nous interdisaient formellement tout contact au foyer avec ceux qui terminaient leur contrat.

 

Le Bas Fort St-Nicolas maintenait ainsi une centaine d’engagés volontaires dans une fiévreuse attente. Et hormis les rares musulmans réexpédiés après maintes tracasseries : artistes, docteurs, industriels, commerçants, va-nu-pieds, curés ou fonctionnaires, toutes races confondues, s’observaient dans l’unique dortoir.

 

Car celui qui s’engage dans la Légion n’est pas forcement une tête brûlée comme le colportent les commères et les peureux chroniques. Perdant leurs références : cocus, amoureux transis, victimes de faillites, veufs effondrés‚ chômeurs, laborieux fuyant la mine ou bobonne, en allant un jour acheter des cigarettes pour ne plus revenir, choisissaient la fuite en avant. Ensuite le dressage fait d’un ratier un pitbull.

 

Dans ce fatras de mœurs et de coutumes, la Légion entretenait la peur et les fantasmes : la haine des Rouges, par des chants bramés à chaque instant :

 

– "Contre les Viêts, contre l’ennemi, partout où le devoir fait signe..."

 

Ou :

 

– "Dans le Djebel, à la recherche des felhouzes…"

 

     Contre les rouges, contre les noirs, contre les Arabes. Un vrai catéchisme. Torquemada riait dans sa soutane.

 

     Ensuite, ne possédant rien, n’attendant rien, le légionnaire se fout du rouge comme du noir. L’ennemi à combattre c’est celui désigné par ses chefs ; et peu importe lequel et pourquoi. La France ?  "Connaît pas", contrairement à ce que l’on pourrait penser. Et logique, avec quatre-vingt pour cent d’étrangers.

 

     Depuis l’abrogation de l’autonomie de la Légion étrangère imposée par le Général De Gaule, à la suite de la guerre d’Algérie, échaudé par la rébellion des généraux conduite par le Général Salan, les officiers, quant à eux, ne sont plus des Légionnaires. Ils ne peuvent ni le prétendre ni être reconnus comme tels. Ils mènent une carrière, reçoivent des affectations dans l’armée régulière, chez les pompiers, les gendarmes ou en bas de l’escalier, chez les ninjas massacreurs !

 

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06/06/2017
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